ESPACE VALLES

2020 - Saint Martin D'Hères - 30eme Anniversaire.


Jean-Pierre CHAMBON :


Cible sensible

Les portraits, ou autoportraits, que Sébastien Layral exécute – au sens propre la plupart du temps – sont conçus pour des séries obéissant à des règles et des dispositifs d’intervention qui les altèrent. Car ce peintre veille à ce que le modèle ou le spectateur puisse intervenir dans son processus de travail et apporter la touche finale au tableau. Peindre est une expérience qui appelle aussi le geste et la marque d’un autre, celui qui est représenté ou celui qui sera le premier appelé à regarder. L’artiste descend ainsi de son piédestal et, lors d’installations performées, l’œuvre est désacralisée par une manière de rituel iconoclaste. La nouvelle série de Sébastien Layral, intitulée Di-Cible, met en scène son visage sous différents traitements et éclairages auréolé d’ondes numérotées comme les cercles d’une cible. Les figures sont peintes à l’huile sur des panneaux de hêtre, que le spectateur est invité à viser avec des fléchettes. Avec ce jeu de défiguration, ce défouloir, Sébastien Layral veut interroger « les rapports d’argent, les hasards de l’économie ».


(Extraits du catalogue de l’Espace Jules Vallès pour les trente ans du lieu et les trente artistes invités.)





Benjamin BARDINET :


Toujours en lien avec les réalités de notre époque, l’œuvre de Sébastien Layral apporte en complément une touche d’humour assez appréciable. En effet, pour cette série de tableaux sur lesquels le tracé d’une cible est superposé au visage de l’artiste, le visiteur peut lancer une fléchette pour faire baisser le prix d’achat de l’œuvre à condition de miser 10 euros (dont 2 seront versés à une association humanitaire). Plus les visiteurs participent, plus la somme pour jouer augmente, plus le prix d’achat de l’œuvre baisse (la mise en vente est de 1000 euros). Une sorte de partie de roulette qui détourne les pratiques imposées par le marché de l’art et interroge la manière dont l'art et l'économie s’entremêlent.