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DÉMARCHE

Artiste plasticien et performeur français. Peinture, performance et dispositifs participatifs depuis 1987.

TEXTE CONDENSÉ

Sébastien Layral D’Alessandro développe depuis 1987 une œuvre qui articule peinture figurative, performance participative et dispositifs d’installation. Son travail met à l’épreuve les valeurs contemporaines — liberté, désir, responsabilité, justice, éthique, écologie — en les confrontant à des formes plastiques engageant simultanément le corps, le regard et la pensée.

Au cœur de cette démarche se trouve une interrogation héritée d’Albert Camus : comment rendre l’absurde habitable ? Peindre ou performer devient alors un acte de dessaisissement, un renoncement à la maîtrise totale du geste afin de laisser l’autre — public, modèle ou participant — devenir acteur de l’œuvre.

Nourrie par la pratique de l’Aïkido, cette recherche transforme la confrontation en coopération. L’œuvre n’est plus un objet clos mais un espace de négociation, où l’engagement du corps engage aussi une responsabilité éthique. Entre mythe et contemporain, entre intime et collectif, chaque projet propose une expérience partagée visant à ouvrir un champ de conscience commune.

 

 

POINTS CLÉS

  • La peinture et la performance sont pensées comme des pratiques indissociables.

  • Le corps est un matériau artistique et un lieu de responsabilité éthique.

  • Le public est invité à devenir acteur du geste, non simple spectateur.

  • La pratique s’appuie sur les concepts de l’Aïkido (Ma-ai, Irimi) comme outils plastiques.

  • Le travail explore la tension entre mythe, absurde et condition contemporaine.

  • Chaque œuvre vise une expérience collective plutôt qu’une démonstration.

“Entretien avec le directeur du Musée Labenche (45 min)”
Éclairage sur le travail et l’exposition réalisée à la Chapelle Saint Libéral, exprimé par un regard curatoriel.

 

 

TEXTES COMPLETS

  • Cette démarche s’inscrit dans une perspective critique : mettre à l’épreuve des valeurs contemporaines telles que la liberté, le désir, la justice, l’écologie ou la spectacularité, en les confrontant à des formes plastiques engageant simultanément le corps et la pensée.

    Au cœur de cette démarche se trouve une interrogation héritée d’Albert Camus : comment rendre l’absurde habitable ? Cette question traverse l’ensemble de son travail et fonde une recherche où l’acte artistique devient un espace de tension entre lucidité et engagement.

    Cette quête s’inscrit dans une généalogie artistique assumée. La remise en question permanente de l’acte de peindre chez Gérard Gasiorowski constitue un point d’ancrage essentiel. Elle se prolonge dans la notion de « création permanente » développée par Robert Filliou, où l’art et la vie cessent d’être séparés, et dans l’exigence radicale de Roman Opalka face au temps, envisagé comme matière même de l’œuvre.

    Sur le plan pictural, son travail se déploie dans un spectre allant de la vibration dense de la matière chez Pierre Soulages à la puissance charnelle et monumentale de Philippe Pasqua. Ces références ne constituent pas un modèle à suivre, mais un champ de tensions au sein duquel se construit une peinture où la figure demeure un lieu de confrontation, jamais de résolution.

    La démarche de Layral D’Alessandro ne vise pas à produire des réponses, mais à ouvrir des espaces d’expérience où le regardeur est confronté à ses propres seuils : seuil de compréhension, de responsabilité, d’engagement. Chaque œuvre s’inscrit ainsi dans un temps long, pensé en séries, comme un processus plutôt que comme un objet clos.

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  • La pratique de l’Aïkido constitue un socle déterminant dans la démarche de Sébastien Layral D’Alessandro. Elle ne marque pas une rupture, mais l’approfondissement d’une recherche déjà engagée autour du corps, de la présence et de la responsabilité du geste. L’artiste s’est tourné vers l’Aïkido afin de parfaire sa conscience corporelle et affiner son rapport au mouvement, dans la continuité d’un travail plastique qui interroge depuis longtemps la confrontation, l’engagement et la relation à l’autre.

    Cette attention portée au corps ne peut cependant être dissociée d’un travail de l’esprit. La pratique corporelle ne vaut ici que comme espace de mise à l’épreuve de la pensée. Le geste artistique devient un lieu où s’articulent action et réflexion, engagement physique et position éthique, dans une perspective profondément marquée par la pensée d’Albert Camus. Agir suppose d’abord la capacité à reconnaître le point de vue de l’autre, y compris lorsqu’il contredit le sien, et à accepter la perte de maîtrise comme condition du dialogue.

    Cette position trouve un écho direct dans cette phrase de Camus :
    « La liberté, c’est pouvoir défendre ce que je ne pense pas, même dans un régime ou un monde que j’approuve. C’est pouvoir donner raison à l’adversaire. »
    — Carnets II, 1942–1951, Gallimard.

    Dans le travail de Layral D’Alessandro, cette pensée irrigue la pratique du corps : accepter la contradiction, accueillir l’altérité, transformer l’opposition en relation. Le geste n’est ni démonstratif ni spectaculaire ; il devient un acte situé, responsable, exposé à l’autre.

    Cette recherche entre en résonance avec la radicalité de performeurs tels que Bruce Nauman, Michel Journiac et Marina Abramović, pour lesquels l’engagement du corps engage nécessairement une responsabilité éthique. Comme chez eux, le corps n’est pas ici un vecteur d’expression, mais un matériau brut permettant d’explorer les limites de la présence et du rapport à l’autre.

    Deux concepts issus de l’Aïkido structurent cette recherche comme de véritables outils plastiques.

    Le Ma-ai, ou distance juste, désigne l’espace nécessaire à l’instauration d’un dialogue. Il ne s’agit pas d’une zone de protection, mais d’un seuil relationnel où chacun accepte de perdre une part de sa maîtrise pour que la rencontre puisse advenir. Cette notion se traduit dans l’œuvre par une recherche d’équilibre physique et psychologique entre l’artiste, l’œuvre et le regardeur.

    L’Irimi, ou engagement direct, suppose au contraire l’entrée dans le conflit. Cet engagement ne procède pas d’une volonté de domination, mais d’un renoncement à l’intention et à l’ego. Libéré de toute recherche d’efficacité, le geste devient alors manifestation pure de la présence, ici et maintenant. Cette posture invite le spectateur à quitter une position d’observateur pour devenir acteur responsable du processus artistique.

    Par cette articulation du corps et de l’esprit, la démarche de Layral D’Alessandro met en jeu une éthique du faire où chaque geste implique une conséquence. L’œuvre n’est plus un objet à contempler, mais un espace de négociation, où se rejouent les conditions mêmes de la liberté, de la responsabilité et du vivre ensemble.

    Les engagements menés dans des contextes humanitaires ne relèvent pas d’une application du travail artistique à un champ social. Ils constituent un espace de questionnement à part entière, où se rejouent concrètement les mêmes tensions que dans l’atelier ou dans la performance : responsabilité du geste, rapport à l’autre, déplacement de la confrontation vers des formes de coopération. Ces situations ne viennent ni illustrer ni valider une recherche préalable. Elles en déplacent les repères, en exposant l’artiste à des contextes où les positions acquises ne suffisent plus et doivent être continuellement réinterrogées. Ce va-et-vient empêche toute séparation nette entre pratique artistique et engagements de terrain, sans que l’un puisse être réduit à l’autre.

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  • Que nous devons-nous d’être au monde ?

     

    Mon travail se construit à partir de cette question. Il prend forme à travers des situations où le geste engage une responsabilité partagée. Peinture, performance et dispositifs participatifs constituent les différentes modalités d’une même recherche : éprouver les conditions d’une présence capable de dialoguer avec ce qui lui résiste.

     

    Cette recherche se développe dans une tension constante entre affirmation et dessaisissement. Il s’agit d’engager pleinement ce qui me constitue — histoire, regard, position — tout en acceptant que l’œuvre ne m’appartienne pas entièrement. Dans cet espace, la peinture peut devenir un lieu de condensation du temps et de la pensée, tandis que la performance ouvre une zone d’incertitude où le faire se confronte directement à l’autre.

     

    Chaque œuvre est envisagée comme une situation plutôt que comme un objet. Elle propose un cadre dans lequel se rencontrent des subjectivités, des résistances et des attentes parfois contradictoires. L’enjeu n’est pas d’y imposer une forme stable, mais d’y maintenir une qualité d’attention capable d’accueillir ce qui advient. Cette disponibilité implique d’accepter une part de perte de contrôle comme condition d’une relation effective.

     

    Le travail s’inscrit ainsi dans une tentative de transformation de la confrontation en coopération. Non pour en effacer les tensions, mais pour en déplacer l’usage. L’œuvre devient un lieu où se construisent des équilibres provisoires et où chacun peut éprouver ce que signifie agir en présence d’autres consciences.

     

    Peindre, performer et penser participent d’un même mouvement : chercher des formes qui permettent d’habiter lucidement le monde et de rendre possible, malgré tout, une expérience de coexistence.

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