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PEINTOMATON

? Écran

 

PEINTOMATON est une racine profonde de l'écosystème, réalisée entre 2000 et 2015. Près de 1 200 peintures et dessins, déployés en six protocoles successifs. Chaque dispositif interpose un écran entre le peintre et le modèle — bâche, cabine, caméra, réseau — qui sépare les corps et qui rend visible une relation autrement impossible. Le visiteur passe de spectateur à modèle, parfois jusqu'à tenir lui-même la caméra.

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LECTURE SÉMANTIQUE
 

PEINTOMATON — contraction de peint et de Photomaton. Opération : détournement. Peint est un participe passé — l'acte est déjà accompli au moment où le mot commence. Photomaton vient du grec automatos : ce qui agit par soi-même, mécaniquement, sans délibération. La machine automatique qui capture. PEINTOMATON substitue à la capture mécanique un geste humain — mais garde la structure du protocole, la répétition, la série ouverte.

? Écran — le sous-titre tient dans un seul mot qui a perdu la moitié de son sens. Écran vient du flamand scherm : ce qui fait barrage, ce qui protège, ce qui cache. C'est son sens originel, aujourd'hui presque effacé. On n'entend plus que la surface de projection — l'écran qui donne à voir. La série réunit les deux : chaque dispositif est simultanément ce qui empêche le contact direct et ce qui rend visible une relation autrement impossible. L'écran n'est pas un obstacle corrigé — il est la condition.




LE DISPOSITIF
 

PEINTOMATON part d'un principe fondamental : introduire une distance entre les corps dans l'acte du portrait. Là où le portrait classique suppose une proximité physique entre peintre et modèle, PEINTOMATON interpose un matériau qui médiatise la relation sans la supprimer. Ce matériau est toujours un écran. La matérialité de l'écran n'est pas neutre : elle est le sujet. Ce qui devrait gêner la relation devient l'outil par lequel elle se construit autrement.

Le second principe est le changement de statut. Le visiteur qui entre dans l'espace de PEINTOMATON n'est plus spectateur — il devient modèle, sujet, force de proposition. Le passage du passif à l'actif est parfois littéral : dans certains protocoles, le modèle tient lui-même une caméra, cadre ce qu'il choisit de montrer, participe à la construction de l'image. L'exposition ne lui est plus adressée — elle lui appartient le temps de la séquence.




LES SIX PROTOCOLES
 

Sur internet d'abord, via des salons vidéo, où de petits portraits à l'aquarelle sont réalisés en trois minutes. Les conversations écrites entre l'artiste et le modèle sont scellées à l'intérieur de la toile sous plexiglas — l'écran numérique muré dans la matière, archive permanente de l'échange éphémère.

Dans une cabine identique au Photomaton ensuite. L'artiste reste caché à l'intérieur. Une caméra lui permet de voir le modèle entré dans la cabine ; une seconde caméra diffuse en direct la peinture en train de se faire. Le modèle voit son portrait advenir sans voir le peintre.

À Hong Kong, en face à face, la main du modèle est pressée sur la peinture encore humide avant que l'œuvre lui soit offerte. L'écran ici n'est pas matériel — c'est la peinture elle-même, qui sépare et conjoint les deux corps dans l'empreinte de la main.

À Rodez, une salle de vernissage entièrement vide. Des toiles vierges à la place des œuvres. Le public est invité à entrer nu dans une séquence : chaque portrait réalisé à l'huile sur deux mètres de toile vient remplacer une toile vierge. L'exposition se construit pendant son propre vernissage. L'écran est ici la nudité du visiteur lui-même, qui s'expose pour devenir image.

À Tournon-sur-Rhône, de grandes bâches translucides séparent l'atelier du public. Trois flux vidéo — la peinture en cours, le modèle, le public — sont projetés simultanément sur ces surfaces qui incarnent physiquement la double définition de l'écran : on voit à travers, on est arrêté par. Le dispositif est le plus visible — l'écran y est explicitement matériel.

À Rome enfin, à la fin du portrait, le modèle choisit : laisser la peinture brûler en maintenant le contact visuel avec l'artiste, ou l'emporter en rompant ce lien. Le choix est binaire et irréversible. L'écran final est la décision elle-même.




L'ÉCRAN COMME DOUBLE SENS
 

L'usage contemporain du mot écran a perdu sa moitié. Aujourd'hui, écran signifie presque exclusivement surface de projection — écran d'ordinateur, écran de télévision, écran de cinéma. Tout ce qui donne à voir s'appelle écran. Mais le mot vient du flamand scherm, qui désigne d'abord ce qui fait barrage : un paravent, une protection, un obstacle visuel qui cache.

Le sens originel n'a pas disparu — il survit dans des expressions comme « faire écran », qui veut dire bloquer, empêcher de voir. Mais c'est l'autre sens qui domine. L'écran est devenu majoritairement ce qui montre, alors qu'il a longtemps été aussi ce qui cache.

PEINTOMATON réunit les deux. Chaque dispositif de la série fait barrage entre le peintre et le modèle (bâche, cabine, caméra), et c'est précisément ce barrage qui rend visible la relation entre eux. La protection produit la visibilité. La distance produit la rencontre. La série démontre matériellement que les deux sens du mot écran ne sont pas opposés mais complémentaires : on ne voit vraiment l'autre qu'à travers ce qui nous en sépare.

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2015 — Musée, Tournon sur Rhône, France 




ŒUVRES
 

Près de 1 200 peintures et dessins répartis sur six protocoles. Sélection présentée ici, un ou deux exemples par protocole, du format intime de l'aquarelle internet (18×14 cm) au grand format de Rodez (200 cm de toile).



EXPOSITIONS
 

2015 — Institut Français, Rome, Italie
2015 — École d'architecture, Clermont-Ferrand, France
2015 — Musée, Tournon-sur-Rhône, France
2014 — Asian Art Fair, Hong Kong, Chine



PLACE DANS L'ÉCOSYSTÈME
 

PEINTOMATON est une racine profonde qui pose la question de la médiation comme condition du portrait. Elle dialogue avec INO ONI sur la relation entre peintre et modèle — mais là où INO ONI cherche une validation mutuelle dans la proximité, PEINTOMATON interpose systématiquement un écran pour révéler ce que la proximité cache. Elle nourrit le tronc en révélant que LOst-It radicalise ce déplacement : dans LOst-It, le visiteur n'est plus seulement invité à devenir modèle — il devient lui-même le protocole, le geste, la série entière. L'écran y est devenu le Post-it froissé qui sépare l'artiste de la pensée camusienne tout en la rendant peinte.



RÉCAP FINAL
 

PEINTOMATON — 2000-2015, série fermée. Près de 1 200 peintures et dessins. Six protocoles successifs sur internet, cabine, face-à-face, salle de vernissage, bâches translucides, choix final brûler/emporter. Présentée à Rome (Institut Français), Clermont-Ferrand, Tournon-sur-Rhône, Hong Kong (Asian Art Fair) en 2014-2015.



DOSSIER SPÉCIFIQUE
 



MICRO-RÉFÉRENCE FICUS

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  Ficus macrophylla monumental de Giardino Garibaldi, piazza marine à Palermo.

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