O Μινώταυρος
? Autophagie
O Μινώταυρος est une branche du tronc LOst-It qui en approfondit la dimension de la finitude. Quarante-huit peintures réalisées entre 2023 et 2025, en deux volets : Autophagie, où l'artiste devient le Minotaure de sa propre animalité intérieure ; imMORtALE, dédié à Elena D'Alessandro Layral, philosophe et luthière, peint avec ses cendres funéraires entrées dans la matière picturale. La série s'arrête à deux modèles : l'artiste, et celle qui n'a pas pu être le troisième.
LECTURE SÉMANTIQUE
O Μινώταυρος — le O est l'article défini masculin en grec ancien : simplement Le. Le titre entier est en grec : Le Minotaure. Opération : réhabilitation. Le titre est écrit dans la langue du mythe originel — le grec — signalant à la fois le retour à la source et le déplacement dans le contemporain. Ce n'est pas une traduction, c'est un geste : nommer dans la langue d'origine, c'est traiter le mythe avec la dignité de ce qu'il était avant d'être vulgarisé, détourné, folklorisé.
La réhabilitation opère un pivot décisif : le Minotaure du mythe est un monstre extérieur, enfermé pour protéger les autres. Dans la série, ce pivot retourne la figure : le Minotaure n'est pas dehors — il est une part intérieure de l'humain qu'il s'agit de reconnaître pour trouver un équilibre dans le déséquilibre.
? Autophagie — AUTO + PHAGIE : se dévorer soi-même. Le mythe allait de l'intérieur vers l'extérieur — le monstre dévorait les victimes. Le sous-titre inverse la direction : c'est nous qui nous mangeons, nos barbaries, nos labyrinthes intérieurs que nous habitons et consumons.
imMORtALE — le titre du second volet se lit immortale en italien (la langue d'Elena). Les majuscules M, O, R, A, L, E extraient MORALE — l'impératif éthique, ce qui reste comme obligation face à la mort. Et MORT est emboîté au cœur du mot — im-MORT-ale. Opérations : extraction de MORALE et emboîtement de MORT dans l'immortalité.
LE PROTOCOLE
Le protocole hérite de AVEC et de VANITÉ : photographier le modèle, peindre son portrait à l'huile, puis l'inviter à intervenir sur cette peinture sans consigne. Chaque modèle est un Thésée contemporain — quelqu'un qui s'est nourri de la culture passée pour affronter sa part animale et sortir de son labyrinthe intérieur. La série devait se poursuivre avec d'autres Thésées contemporains. Elle n'en a eu que deux : l'artiste lui-même, comme dans toute série participative ; Elena D'Alessandro Layral, sa femme, comme second modèle. La mort de cette dernière en mars 2024 a interrompu définitivement la suite. Quarante-huit peintures composent l'ensemble réalisé.
LE PREMIER VOLET - AUTOPHAGIE
Autophagie (2023-2024, seize peintures) met en scène l'artiste lui-même transformé en Minotaure vêtu de bleu. La couleur n'est pas iconographique : le bleu désigne la part d'ombre — non comme territoire sombre mais comme territoire à reconnaître. Le Minotaure n'est pas un monstre à abattre. C'est une part de soi à regarder pour trouver un équilibre dans le déséquilibre. Thésée ne tue pas — il évolue.
Le fil d'Ariane naît ici : ligne rouge traversant certaines toiles, symbole fragile d'une possibilité de sortie que rien ne garantit.
LE SECOND VOLET - imMORtALE
Le second volet, imMORtALE (2024-2025, trente-et-une peintures), naît d'une interruption. Elena D'Alessandro Layral, femme de l'artiste, était philosophe et luthière. Née dans une famille noble de Sicile, elle avait tout quitté — sa ville, les attentes de son père, la foi imposée — pour devenir celle qu'elle devait être. Elle avait étudié la philosophie, cumulé plusieurs travaux pour apprendre la lutherie, traversé les frontières pour continuer sa formation. En cinq ans partagés avec l'artiste, dans des conditions difficiles, elle était devenue cette femme. La maladie l'a prise. Elle est morte debout. Elena était précisément un Thésée — quelqu'un qui s'était armé de culture et de courage pour affronter son labyrinthe, et qui en était sortie transformée.
LES CENDRES
Les photographies avaient été faites, les portraits commencés, quand elle a été hospitalisée. Sa mort a tout arrêté. Puis la question est devenue urgente et sans réponse évidente : comment pouvait-elle intervenir sur son propre portrait, maintenant qu'elle était morte ? Ni l'artiste ni Elena n'avaient pu parler de l'après — non par manque de temps, mais parce que la société place la mort hors de la vie, dans un espace où il serait déplacé d'y entrer tant qu'on vit encore. Les cendres soufflées dans le glacis frais sont aussi la conversation que cette interdiction sociale avait rendue impossible. Ce que les mots n'ont pas pu préparer, la matière l'accomplit.
Une partie des cendres avait été ramenée en Sicile, sur les lieux de leur amour. Une autre a été conservée pour ce travail. Soufflées sur la surface recouverte de glacis encore frais, elles sont entrées dans la matière picturale — physiquement, irréversiblement. Son intervention est permanente. Elena ne devient pas une urne, un monument, un rituel figé dans le moment de la perte. Elle continue d'intervenir dans une œuvre vivante. La série questionne ainsi la place que nous donnons socialement à ceux qui nous quittent : cette place — cérémonies, commémorations, objets sacralisés — est une hérésie qui nous colle au moment douloureux de la mort plutôt que de nous permettre de continuer à vivre avec eux autrement.
LE FIL D'ARIANE
Le fil d'Ariane apparaît pour la première fois dans le volet Autophagie sous la forme d'une ligne rouge horizontale qui traverse certaines toiles. Dans le mythe, le fil donné par Ariane permet à Thésée de retrouver son chemin hors du labyrinthe après avoir tué le Minotaure. Ici, le fil traverse mais ne sort de rien — il marque la présence d'une possibilité de sortie sans garantir qu'elle soit empruntée.
Ce fil migrera ensuite dans PlAIsiR loSt-it (2025-2026), où il traversera certaines toiles en arrière-plan des paysages en feu. Vestige d'un labyrinthe dont on ne sort pas, il devient signe d'une promesse qui s'éteint. C'est l'un des points de continuité visibles entre les deux branches du tronc.

Exposition "Plaisir" · 100 ECS · Paris · 2025
ŒUVRES
Quarante-huit peintures composent la série : seize pour Autophagie, trente-et-une pour imMORtALE, plus une extension à SALÒ XII en 2024 (Pasiphaé). Sélection de douze œuvres présentée ici. Les portraits d'Elena qui intègrent les cendres funéraires sont signalés dans la légende.
EXPOSITIONS
2024 — Musée Labenche, Chapelle Saint-Libéral, Brive, France
2024 — Espace Canopy, Louis Dimension Gallery, Lille, France
2024 — Morbee Gallery, Knokke-Le-Zoute, Belgique
2024 — Salò XII, Les Salaisons, Paris, France
2024 — Salon de la mort IV, Les Salaisons, Paris, France
2024 — Art Up, Louis Dimension Gallery, Lille, France
PLACE DANS L'ÉCOSYSTÈME
O Μινώταυρος est une branche née directement du tronc LOst-It qui en approfondit la dimension de la finitude et de la mort. C'est ici que naît le fil d'Ariane — ligne rouge qui traversera ensuite les toiles de PlAIsiR loSt-it. La série prolonge le protocole participatif d'AVEC et de VANITÉ sur la co-construction du portrait, mais le radicalise : l'intervention du modèle peut prendre la forme de ses propres cendres. Elle dialogue avec CEnSURE sur le corps comme matière irréversible d'engagement, et avec SEPPUKU sur l'acte de laisser sortir ce qui est à l'intérieur. Elle inscrit dans l'écosystème la mémoire d'Elena D'Alessandro Layral, dont la mort en mars 2024 traverse aussi FA.ZA.SO.MA. et l'écriture des autres séries du tronc à partir de 2024.
RÉCAP FINAL
O Μινώταυρος — 2023-2025, série fermée. Quarante-huit peintures à l'huile, formats du 40×50 cm au 200×300 cm. Deux volets : Autophagie (seize peintures, l'artiste en Minotaure) et imMORtALE (trente-et-une peintures dédiées à Elena D'Alessandro Layral, dont plusieurs intègrent les cendres funéraires dans le glacis). Une œuvre additionnelle inscrite à SALÒ XII (Pasiphaé, 2024). Lieu du fil d'Ariane qui migrera ensuite dans PlAIsiR loSt-it.
MICRO-RÉFÉRENCE FICUS

Ficus macrophylla monumental de Giardino Garibaldi, piazza marine à Palermo.











