ŒUVRE - RACINES
Le sol de l'écosystème, où s'éprouvent les questions que les séries suivantes vont déployer. Une racine absolue — PEINTURE, antérieure à tout protocole — et vingt-trois racines latérales. 1987 – 2022.
racine absolue
PEINTURE
? Peinture
Racine absolue de l'écosystème, antérieure à tout protocole. Pratique originelle où le médium se pose comme seule certitude : origine, terrain de test et refuge. C'est ce dont le tronc est fait, plus que ce qui le nourrit. ~1 300 réalisations. Série ouverte. Depuis 1987.
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Dispositif
PEINTURE est la pratique originelle — le rapport direct à la matière, sans protocole, sans concept préalable. Huile sur toile, formats variés, sujets variés. Pas de règle de participation, pas d'extraction typographique du titre, pas de transposition. La peinture pour elle-même.
Intention
C'est dans cet espace que se formule pour la première fois, de manière non théorisée mais vécue, la question fondamentale de l'être et de l'avoir : être peintre ou avoir des peintures, être dans le geste ou posséder son résultat. Cette dissociation, d'abord inconsciente, est le germe de tout ce qui suit. Produire de la peinture ne suffit pas à construire une vie artistique — d'où la naissance des séries protocolaires qui vont prendre de la distance avec la production pour habiter autrement la pratique.
Contexte
PEINTURE reste le socle, ce à quoi on revient quand le protocole cède. Mais c'est précisément parce qu'elle a posé la question de l'être/avoir qu'elle a rendu possible toutes les autres séries. LOst-It n'est pas une réponse à PEINTURE : il est ce que PEINTURE est devenu quand la question a trouvé sa forme. Multiples expositions depuis 1987.

racines latérales
diCIBLE
? Silence
Dispositif pictural et participatif où chaque lancer de fléchette inscrit la mémoire économique d'un geste : le prix de l'œuvre, coté au marché, décroît à chaque zone touchée jusqu'à pouvoir atteindre zéro. 17 peintures. Série fermée. 2019 - 2024.
Dispositif
Autoportraits composés de zones numérotées dont la valeur, multipliée par dix, est déduite du prix de marché de l'œuvre à chaque impact. Aucune limite de lancers : jusqu'à ce que les joueurs s'arrêtent ou que le prix atteigne zéro. Chaque impact grave son empreinte dans l'histoire économique inscrite sur le volet droit de la toile, transmise avec l'œuvre. Une part des fonds est reversée à FA.ZA.SO.MA.
Intention
diCIBLE extrait CIBLE — le but que le joueur vise. Ce qui peut être dit (dicible) contient sa propre cible. Mais le sous-titre est ? Silence : ce qui ne peut pas être dit. La série rend visible ce que le système économique de l'art maintient dans le silence — la traçabilité du don, l'interdépendance entre valeur et redistribution. La cible n'est pas la toile : c'est le silence lui-même.
Contexte
Dialogue avec moissoNB1 sur la circulation de la richesse, avec JE SUIS UNE PUTE sur la responsabilité du collectionneur. Distinction nette avec SEPPUKU : diCIBLE détruit économiquement la valeur, SEPPUKU détruit physiquement la matière. Louis Dimension Gallery Lille 2024, Espace Vallès Saint Martin d'Hères 2020.

SALÒ
? X
Projet inscrit dans le salon du dessin érotique SALÒ, explorant l'érotisme comme terrain de création et de responsabilité. Chaque année un protocole distinct, en extension d'autres séries. 12 peintures et 7 dessins. Série fermée. 2018 - 2024.
Dispositif
Curatoré par Laurent Quenehen aux Salaisons à Paris. Chaque année un protocole distinct : 2019 portraits en langue des signes au sang menstruel du modèle ; 2021 extension de moissoNB1 ; 2022 triptyque de retables Izanagi/Izanami autour du corps d'Elena ; 2024 extension de O Μινώταυρος avec Pasiphaé.
Intention
SALÒ — trois couches dans un seul mot. La ville (Salò sur le lac de Garde, République Sociale Italienne de Mussolini). Le film (Pasolini transposant Sade dans le fascisme — domination sexuelle comme codification du corps). Le salon parisien. La série s'installe dans la tension entre lieu du plaisir, critique du pouvoir, liberté de création. ? X — variable, censure, chromosome féminin qui traverse toutes les éditions.
Contexte
Dialogue avec loSt-orIgaSMIQUE sur le corps et le désir, mais inscrit l'érotisme dans des mythologies, des histoires et des corps réels. Chaque édition étend une autre série dans ce contexte. Les Salaisons Paris 2018-2025 (8 éditions).

FrOIssée
? Froissée
Peint des photographies froissées de personnes — une réflexion sur l'écart entre l'image lisse qu'on donne aux autres et ce qu'on est vraiment, plein de plis et de blessures. 8 peintures. Série fermée. 2023.
Dispositif
Chaque peinture prend pour modèle non une personne mais sa photographie froissée. Le papier écrasé devient paysage, les rides de la froissure deviennent les rides du visage et de la vie.
Intention
FrOIssée — participe passé féminin, double blessure. Froisser désigne d'abord un geste physique — chiffonner le papier. Mais froisser, c'est aussi blesser — heurter sans cicatrice visible. La série tient les deux : le papier froissé et la personne froissée. Le féminin du participe dit qui est froissée : l'image, la photographie, peut-être celle qu'elle représente.
Contexte
Dialogue avec LOst-It en amont : le Post-it froissé est la matière première du tronc, la forme de l'échec avant la formalisation. FrOIssée prélude au tronc. Révèle que derrière l'absurde du geste répété, il y a toujours une blessure initiale — quelque chose qu'on n'a pas réussi à retenir et qu'on a écrasé dans sa main.

moissoNB1
? Démophagie
Convoque le mythe du Windigo — figure autochtone de la cupidité dévorante — pour révéler la répétition tragique des cycles de pouvoir à travers l'histoire. Chaque siècle, le même mécanisme recommence. 31 peintures. Série fermée. 2020 - 2022.
Dispositif
Chaque peinture associe un personnage central à un contexte historique précis — conquêtes, colonisations, exploitations, destructions de communautés. L'indigo occupe une place importante dans les peintures : la couleur des vêtements renvoie à l'histoire de l'indigo comme substance coloniale cultivée par le travail forcé. Chaque œuvre est reliée à une vidéo accessible par QR code. Le public est invité à écrire ses impressions sur des toiles vierges, détruites à la fin de l'exposition.
Intention
moissoNB1 — fusion en trois strates. Moisson : la récolte, le gain (gain → win). NB1 : formule chimique de l'indigo. Le titre contient littéralement le pigment de l'exploitation. ? Démophagie — DEMOS (le peuple) + PHAGIE (dévorer). Le peuple dévoré par le pouvoir, le Windigo politique.
Contexte
Dialogue avec diCIBLE sur la mémoire économique et avec LOst-It sur la répétition comme condition humaine. Art Up Lille 2023, Opéra Clermont-Ferrand 2022, Film Festival Saturnia 2022, Galerie 18Bis Paris 2022.

AVEC DANZÉ
? Danzé
AVEC DANZÉ est un projet collaboratif explorant le dialogue entre peinture et danse, interrogeant comment deux corps créatifs peuvent se rencontrer dans l'absurde. 2016 - 2022.
Dispositif
Collaboration avec l'artiste Sabine Danzée. La moitié peinte par l'artiste, la moitié ouverte à la peintre-danseuse. Le mouvement devient principe de complétion picturale.
Intention
La préposition AVEC à la croisée de deux médiums : comment une autre peintre peut-elle compléter une peinture ? Comment le corps dialogue-t-il avec le corps peint ? La co-création comme rencontre intermédiale entre geste pictural et geste chorégraphique.
Contexte
Étend AVEC en changeant radicalement de médium. Galerie In Arte Veritas Toulouse 2023.

PERDerSi
? Chairs
Série de portraits où le modèle scelle un objet précieux à l'intérieur du châssis et consent à l'effacement de son visage — dialogue sur ce qu'on est prêt à perdre pour laisser une image plus juste de soi. 7 peintures et 1 projet. Série fermée. 2021.
Dispositif
Chaque modèle apporte un objet de valeur — bague, bijou, fragment de vie — scellé à l'intérieur du châssis avant que la toile ne soit tendue. Inaccessible, invisible, mais présent pour toujours. Le portrait peint passe en second : ce qui compte est ce qui est caché.
Intention
PERDERSI en italien : se perdre soi-même, la perte qui se retourne sur le sujet. Le choix de l'italien porte une douceur que le français n'a pas. La série demande aux deux parties de perdersi — au modèle son objet et son visage, au peintre le contrôle de ce que l'œuvre contient. La chair est ce qu'on ne peut pas effacer. C'est aussi le seul avoir qui soit en même temps de l'être.
Contexte
Dialogue avec INO ONI sur la relation peintre/modèle, mais où INO ONI cherche une validation mutuelle, PERDERSI demande un abandon mutuel. Galerie Sabine Bayasli, Paris, 2025.

lOSt
? Perdre
Sacrifie l'unité de la toile pour nourrir des enfants malgaches : chaque gommette rouge apposée par le public brise le tout de l'œuvre et transforme cette perte en acte de redistribution concrète. 51 peintures et 1 tatouage. Série fermée. 2013 - 2020.
Dispositif
Le public acquiert une petite surface de la toile en y apposant une gommette rouge — celle même que les galeristes utilisent pour signaler la vente. Détournement : ici, la gommette signifie dissolution. Les toiles ont été vendues avec les gommettes vernies à même la surface — la perte est constitutive de l'objet final.
Intention
lOSt extrait OS — l'os, la colonne, l'O.S. (Operating System). En brisant l'unité, la série expose le code économique qui détermine comment la valeur est distribuée. La gommette est un pixel dans ce système. Chaque euro versé devient cinq repas scolaires malgaches via FA.ZA.SO.MA. Ce qui se fragmente peut nourrir.
Contexte
Le tatouage associé porte « Je ne m'écrierai plus sur le corps. » répété en cursive — écrire et s'écrier fusionnés. La punition scolaire devient œuvre. Galerie 55 Bâle et Istanbul 2018, Carreau du Temple Paris 2017, Institut Français Rome et Musée Tournon-sur-Rhône 2015.

surJEctif
? Multi
Protocole pictural participatif où des calques transparents superposés sur un portrait à l'huile permettent à plusieurs regards de coexister sans s'effacer — réponse à la subjectivité par la multiplicité. 5 peintures. Série fermée. 2018 - 2019.
Dispositif
Peinture à l'huile du modèle sur toile. Feuilles de calque transparentes apposées successivement. Le modèle d'abord, puis d'autres personnes, peuvent y dessiner, écrire, intervenir. Chaque calque préserve le regard précédent sans le détruire.
Intention
Le mot mathématique rendu adjectif pictural. Subjectif : ce qui appartient au seul sujet qui perçoit. surJEctif substitue sub par sur — non pour nier la subjectivité mais pour la dépasser par accumulation. En mathématiques, la surjection garantit que chaque élément de l'arrivée est couvert. Le portrait ne prétend pas à l'objectivité : il multiplie les subjectivités jusqu'à ce que l'image soit couverte de toutes parts.
Contexte
Dialogue avec INO ONI et PEINTOMATON sur la co-construction de l'image entre peintre et modèle, mais ouvre le portrait à une polyphonie sans limite. Révèle que LOst-It fonctionne aussi par surjection : 12 000 peintures qui couvrent le temps sans laisser aucun regard sans correspondance.

DANS LE VENTRE DE LA PEINTURE
? Éthique
Série picturale non-participative représentant des personnalités engagées, explorant l'éthique du combat à travers le brouillage volontaire de l'image. Qui sont les samouraïs modernes ? 6 peintures. Série fermée. 2018.
Dispositif
Personnalités réelles connues pour leur engagement politique, social ou artistique, peintes à l'huile sur lin. Le brouillage volontaire de l'image révèle l'intention : ne pas fixer ces figures dans une représentation claire, mais les laisser émerger partiellement du chaos.
Intention
DANS LE VENTRE DE LA PEINTURE — VENTRE comme organe double, gestation et digestion. Dans le ventre de la baleine, Jonas y disparaît trois jours avant d'en ressortir changé. Les figures engagées ne sont pas représentées : elles sont dedans, en cours de transformation, partiellement visibles à travers la paroi. Le sujet est englouti par le médium.
Contexte
Dialogue avec JOEYSTARR et MARIE AGNÈS GILLOT sur les figures de combat, mais où ces projets les célèbrent, DANS LE VENTRE DE LA PEINTURE les dissout. Révèle que LOst-It ne peint pas des héros mais l'absurde pur du créer.

THINK SAY DO BRIFFAUT
? C'est celui qui dit qui fait
Protocole pictural participatif à deux niveaux où l'amitié et l'humour deviennent méthode créative, transformant la critique commerciale en acte de création. 7 huiles sur toile et 12 huiles sur papier. Série fermée. 2017.
Dispositif
Né d'une critique amicale de Vincent Briffaut : « t'es nul en commercial, fais un crâne à la mode, ça pourrait se discuter. » L'artiste accepte la commande, embauche Valérie comme son vendeur, produit une mini-série de crânes accompagnés chacun d'un feutre acrylique : le collectionneur peut transformer le crâne en crâne personnel, le modifier, le vandaliser.
Intention
Le sous-titre dit l'essentiel : ce n'est pas faire qui prime — c'est dire. En nommant le problème, Vincent Briffaut a généré l'œuvre. La parole amicale est performative : elle crée ce qu'elle nomme. Le retournement est une invitation : dire à quelqu'un « tu ne sais pas faire ça », c'est, entre amis, lui tendre la main pour qu'il le fasse.
Contexte
Dialogue avec JE SUIS UNE PUTE et AVEC sur la collaboration, mais où ces séries interrogent sérieusement, THINK SAY DO BRIFFAUT rit. Révèle que LOst-It peut aussi être drôle — l'absurde n'exclut pas l'humour.

JE SUIS UNE PUTE
? Collectionneur
Série picturale participative qui interroge le marché de l'art en retournant sa logique : l'autoportrait de l'artiste est présenté comme produit commercial, ses informations dorées à la feuille d'or en plein centre de la toile. Le collectionneur est invité à devenir acteur. 51 peintures. Série fermée. 2016 - 2017.
Dispositif
Autoportraits à l'huile sur lin, tirés d'une photographie unique. Sur la surface de chaque toile, à la feuille d'or et en plein centre, les informations habituellement reléguées au dos : numéro, titre, année, technique, format, signature. Chaque œuvre acquise s'accompagne d'un fragment du livre Je suis là, journal de Madagascar.
Intention
Réhabilite délibérément un mot inconfortable. L'artiste qui vend son image et sa présence à travers le système commercial se désigne lui-même — et retourne la désignation vers celui qui achète. Si le collectionneur accepte, il pose pour un portrait, s'engage à le vendre, et l'argent reçu est mis à sa disposition pour agir.
Contexte
Dialogue avec diCIBLE sur la valeur et la redistribution, mais où diCIBLE mécanise par protocole quantifiable, JE SUIS UNE PUTE l'incarne dans une relation personnelle. Galerie 18bis, Paris, 2017.

AVEC
? Avec
Série picturale participative où l'artiste peint la moitié gauche d'un portrait à l'huile sur lin, laissant la moitié droite ouverte à l'intervention du modèle. La réalité de l'œuvre devient la somme de deux vérités. 81 peintures. Série fermée. 2015 - 2017.
Dispositif
Asymétrie fondatrice : l'artiste peint toujours la moitié gauche, à partir d'une photographie. La moitié droite est entièrement ouverte au modèle, qui peut intervenir à tout moment, sous toutes formes (écriture, dessin, recouvrement, destruction). Le refus d'intervenir est aussi une intervention valide.
Intention
AVEC érige la préposition la plus courante de la langue en posture philosophique : qu'est-ce qu'être réellement avec l'autre ? Partager une surface, laisser la moitié à ce que l'autre en fait, accepter qu'il la brûle. ? Avec répète le titre — la question est dans le mot.
Contexte
Dialogue avec JE SUIS UNE PUTE sur la responsabilité partagée, mais ouvre le corps de l'œuvre plutôt que la responsabilité économique. Galerie 55 Belechasse Paris 2018, Galerie 18bis Paris 2017, Abattoirs et Grand Hôtel Châtel-Guyon 2016.

VANITÉ
? enSEMBLE
Série participative où l'artiste photographie le visiteur, peint son portrait à la graphite, puis remet ses outils au modèle pour qu'il parfaire lui-même son image. Sans contrainte de forme, de temps ni de résultat. La série interroge l'autorité sur l'image : qui décide de ce qu'on est ? 55 peintures. Série fermée. 2013 - 2017.
Dispositif
Tous les visiteurs de l'atelier sont invités à poser pour un portrait photographique, qui devient le modèle d'une peinture à la graphite réalisée par l'artiste sur toile. Puis le processus se retourne : le modèle prend les crayons, fusains et gommes pour parfaire son propre portrait depuis sa propre perspective. Aucune contrainte de temps, de technique ni d'intention.
Intention
VANITÉ — la vanitas en histoire de l'art désigne la tradition néerlandaise des natures mortes méditant la futilité de l'orgueil. Ici, la série réhabilite le mot : ce que la tradition condamnait comme orgueil — se regarder, reprendre autorité sur sa propre image — devient un acte de justice. Le sous-titre ? enSEMBLE contient SEMBLE : ce que l'on fait ensemble n'est pas une vérité objective mais une apparence qu'il faut valider à deux.
Contexte
Racine profonde qui pose la question de l'auto-représentation et du droit au regard sur soi. Dialogue avec AVEC sur la co-construction de l'œuvre, mais où AVEC partage l'espace pictural à deux, VANITÉ le restitue entièrement au modèle. Présentée au Manoir Saint Félix, Rodez, 2013.

GRAFF
? Nous
Installation performative présentée dans une ancienne prison, transformant les murs historiques en toile collective et le tatouage en acte politique. 1 installation, 12 000 spectateurs, 1 tatouage. 2015.
Dispositif
Toile vierge de 20 mètres par 2,50 m, remplaçant les murs de mollasse où les prisonniers s'inscrivaient. Feutres blancs laissés au public pour qu'il s'inscrive. Trois mois d'exposition, 12 000 visiteurs. Un tatoueur choisit ensuite un graffiti laissé par les visiteurs et l'encre sur le corps de l'artiste — le mur collectif devient peau personnelle.
Intention
GRAFF — de graphein, écrire — est l'écriture à sa source, avant que les institutions ne la normalisent. À quel moment 12 000 inscriptions individuelles deviennent-elles un nous ? Le nous se construit par accumulation de passages. Le tatouage final referme le cercle : le collectif éphémère trouve son archive permanente dans la chair. Ce n'est pas l'artiste qui signe l'œuvre — c'est le collectif qui signe l'artiste.
Contexte
Dialogue avec lOSt sur la perte de l'objet et avec LIbrE sur le tatouage comme acte participatif. Musée, Tournon-sur-Rhône, 2015.

DÉSIRE
? Désir
Série picturale participative où le désir traverse le portrait par l'intervention visible et écrite du modèle. Tous désirs confondus — romantique, charnel, intellectuel, amical. 43 peintures et 1 tatouage. Série fermée. 2013 - 2015.
Dispositif
Portrait à l'huile sur toile, à partir d'une photographie. Le modèle intervient ensuite à deux registres : physique (couleur libre sur la surface) et émotionnel (zone vierge à inscrire). Autoportrait écrit du modèle marouflé au dos.
Intention
DÉSIRE pivote DÉSIR : le substantif abstrait devient verbe (il désire) et prénom (Désirée). Le désir devient acte, présence, sujet incarné. Le tatouage associé porte le nœud sans fin bouddhiste — cycle du désir — et une tête de mort blanche : ce qui anime repose sur ce qu'il dissimule.
Contexte
Dialogue avec VANITÉ sur la représentation, mais part d'une asymétrie fondatrice : le désir de l'artiste pour le modèle est point de départ. Hong Kong, Rome, Lille, Paris, Grenoble de 2014 à 2024.

PEINTOMATON
? Écran
PEINTOMATON est une série performative et picturale articulée autour de l'écran, surface qui montre et matériau qui fait barrage. Six protocoles développés au fil de quinze ans : internet, cabine, face-à-face, salle d'exposition. Environ 1 200 réalisations. Série fermée. 2000 - 2015.
Dispositif
Six protocoles déclinent un même principe : interposer un écran entre le peintre et le modèle. Sur internet via salons vidéo, dans une cabine identique au Photomaton, en face à face à Hong Kong, dans une salle vide à Rodez, derrière des bâches translucides à Tournon-sur-Rhône, et en choix final à Rome où le modèle décide de laisser brûler la peinture ou de l'emporter.
Intention
Le principe fondateur : introduire une distance entre les corps dans l'acte du portrait. L'écran réunit ses deux sens — surface qui donne à voir, matériau qui fait barrage. Ce qui devrait gêner la relation devient l'outil par lequel elle se construit. Second principe : le visiteur passe du statut de spectateur à celui de modèle, parfois jusqu'à tenir lui-même la caméra.
Contexte
PEINTOMATON est antérieur au tronc LOst-It. Il pose la question de la médiation comme condition du portrait, que les séries protocolaires suivantes reprendront. Présenté à l'Institut Français de Rome, à l'École d'architecture de Clermont-Ferrand, au Musée de Tournon-sur-Rhône, à l'Asian Art Fair de Hong Kong, en 2014-2015.

INTIMATE
? Intime
Série picturale à l'huile sur toile formats variés, explorant l'intime comme espace de création partagée entre l'artiste et le modèle, protégé du regard extérieur. La série n'a jamais été exposée publiquement — cette absence n'est pas un manque mais une condition constitutive de son existence. 12 peintures. Série fermée. 2013 - 2014.
Dispositif
L'artiste et le modèle partagent un espace de création en atelier, à l'abri du regard extérieur. Ce qui se crée dans cet espace n'est pas destiné au spectacle public. La co-création est libre — aucune contrainte de forme, de geste ou de résultat n'est imposée au modèle, qui est toujours co-créateur, jamais observé. Les 12 peintures ne seront pas exposées. Ce choix est la série.
Intention
INTIMATE en anglais contient INTIME en français en son cœur — la langue française logée dans la langue anglaise qui lui ajoute le suffixe verbal to intimate : suggérer, laisser entendre, donner à comprendre sans dire. Ce qui est intime est aussi ce qui se suggère sans se montrer. La série protège l'intime tout en laissant percevoir qu'il existe.
Contexte
Racine profonde qui pose la question de l'espace privé de création comme condition de certaines vérités. Dialogue avec DÉSIRE sur l'intimité entre l'artiste et le modèle, mais où DÉSIRE expose partiellement, INTIMATE garde entier et secret. Non exposée publiquement, par choix constitutif.

INO ONI
? Relation
Série picturale participative articulant corps, écriture et image dans une relation validée par le modèle. Chaque modèle réalise un autoportrait écrit, dénude librement le haut ou le bas du corps, et valide la peinture finale par un trait blanc. 30 peintures et 1 tatouage. Série fermée. 2011 - 2013.
Dispositif
Chaque modèle réalise un autoportrait écrit aussi juste que possible, puis dénude librement le haut ou le bas du corps. Une photographie est prise. L'artiste peint à l'huile, puis détruit partiellement par un ponçage traversant qui introduit le texte dans la matière picturale. L'autoportrait écrit est marouflé au dos. L'œuvre est soumise au modèle, qui la valide par un coup de pinceau blanc.
Intention
INO et ONI partagent les mêmes lettres dans un ordre inversé — miroir imparfait. En japonais, oni (鬼) désigne aujourd'hui le démon mais portait avant le bouddhisme le sens d'esprit bienveillant. Les deux entités se font face sans se confondre. La relation devient co-auctorité : le modèle entre dans la fabrication, l'œuvre se construit dans l'écart entre eux.
Contexte
Racine profonde qui pose la question de l'éphémère comme principe créatif. Antérieure au tronc, elle préfigure les protocoles participatifs des séries suivantes. Présentée à Hong Kong, Paris, Rodez, Saint Martin d'Hères, Grenoble, Lille de 2012 à 2024.

FANIMAL
? Anthropomorphie
Série participative où chaque modèle dit à quel animal ou partie d'animal il se sent associé. L'artiste peint la rencontre au blanc de titane sur lin, image monochrome unifiant le corps et l'animal. Le modèle valide l'œuvre par un trait blanc. 27 peintures. Série fermée. 2009 - 2013.
Dispositif
Chaque visiteur de l'atelier dit à quel animal il se sent associé. Une photographie est prise, puis l'artiste peint cette image au blanc de titane sur lin. L'œuvre est rendue volontairement éphémère par un ponçage traversant, introduisant les traces du rapport animal/humain dans la matière picturale elle-même. Le modèle valide l'œuvre par un trait blanc apposé au pinceau.
Intention
FANIMAL — contraction de FEMME et d'ANIMAL — révèle ce que ANIMAL dissimulait : la présence du féminin à l'intérieur même de l'animal (anima en latin, le souffle, l'âme). La série n'anthropomorphise pas l'animal, elle cherche l'animal dans la femme, ou la femme dans l'animal, comme reconnaissance d'une continuité que le langage ordinaire efface.
Contexte
Racine profonde qui pose la question de l'animalité humaine et de l'hybridité. Antérieure au tronc, elle dialogue avec INO ONI sur le corps mais l'interroge comme animal.

conPASSION
? Je suis là
Performance participative où le tatouage devient acte collectif, transformant la compassion en inscription permanente sur le corps. 1 performance participative avec 12 participants. 2012.
Dispositif
Un arbre est tatoué sur le dos de l'artiste en amont. Au début de la performance, un tatoueur ajoute des branches de cerisier sans dessin préparatoire. Le public est ensuite invité à tatouer sa présence sur le corps de l'artiste, en piquant l'encre avec des fleurs de cerisier. Douze participants gravent leur compassion. Trois personnes demandent ensuite à être tatouées par l'artiste de la même fleur.
Intention
conPASSION coupe COM-PASSION en deux : CON (l'idiot qui ne calcule pas, donne sans garantie de retour) + PASSION (l'engagement qui ne raisonne plus). La contraction dit ce que la compassion conventionnelle tait : être pleinement avec l'autre dans la co-création exige une forme d'abandon de soi qui dépasse le calcul.
Contexte
Dialogue avec LIbrE sur le tatouage participatif et avec GRAFF sur l'inscription collective. Manoir Saint Félix, Rodez, 2012.

RÉTRO
? Critique
Rétrospection critique : 17 autoportraits de l'artiste en 2012, associés chacun à une critique marquante reçue pour chacune des 17 années d'engagement artistique depuis 1995. La critique est inscrite sur la toile et au dos — visible et cachée à la fois. 17 peintures. Série fermée. 2012.
Dispositif
17 peintures à partir d'un même autoportrait de 2012, décliné une fois par année passée comme artiste engagé depuis 1995. Pour chaque toile, une critique marquante de l'année concernée est inscrite sur la surface et au dos — visible et souterraine simultanément.
Intention
RÉTRO réhabilite un mot ordinairement péjoratif. Regarder en arrière est une condition nécessaire de compréhension, un acte critique et non une régression. Le rétroviseur permet d'avancer en sécurité. La rétrospection est méthode. On devient artiste par construction dialoguée, faite de paroles reçues et de blessures absorbées.
Contexte
Dialogue avec toutes les séries antérieures : comment suis-je devenu cela ? LOst-It est la réponse définitive à cette question. Lille 2024, Galerie 55 Bellechasse Paris 2018, Galerie Nicolas Deman Paris 2012, Maison Carré Mastigot Rodez 2005.

dOUTe
? Raison
Série participative questionnant la critique et l'autocritique, transformant le doute en acte créatif. 114 peintures qui posent la même question sans y répondre. 114 peintures et 1 tatouage. Série fermée. 2008 - 2011.
Dispositif
La série accueille les critiques des spectateurs, les réflexions sur l'engagement artistique, les questions sans réponse. Chaque peinture porte l'empreinte d'un questionnement.
Intention
dOUTe — typographie révélatrice : OUT apparaît en capitales, dehors, expulsé. Le doute contient un « out ». Étymologie : dubitare, osciller entre deux. Le doute est structurellement double : il ne nie pas, il suspend. Avoir raison signifie aussi avoir gain de cause — le doute résiste à la victoire facile d'une seule voix.
Contexte
Dialogue avec RÉTRO sur la critique, mais où RÉTRO l'archive, dOUTe l'incarne en création vivante. Atelier Châtel-Guyon 2011, Manoir Saint Félix Rodez 2010.

GAITÉ
? Relation
Série non-participative restituant la joie à celui qui l'a rendue possible — vingt-huit sourires peints verticalement, cachés derrière du kraft, découverts au vernissage par le collectionneur-dentiste qui a offert l'espace. 28 peintures et 1 tatouage. Série fermée. 2005.
Dispositif
Invitation d'un collectionneur-dentiste, ami, qui offre une carte blanche dans son manoir. Vingt-huit toiles représentant les sourires des gens qui entourent l'artiste, peints verticalement, cachées derrière du kraft. Le collectionneur les découvre une à une au vernissage.
Intention
Conviction scientifique : si le bonheur provoque le sourire, l'inverse est aussi vrai. La mécanique du sourire sécrète les mêmes hormones que celles produites par un état de bonheur. Le geste crée l'état. Deux praticiens du même circuit corps-geste-bonheur : le dentiste répare l'outil mécanique, le peintre peint pour que le cerveau sécrète.
Contexte
Restitue la joie à celui qui l'a rendue possible. Histoire personnelle : à huit ans, dent cassée prive l'artiste de sourire ; un dentiste répare à seize. Manoir Saint Félix, Rodez, 2005.
















































