loSt-orIgaSMIQUE
? Eros
loSt-orIgaSMIQUE est une branche directement issue du tronc LOst-It, dont elle transpose le mécanisme (Post-it texté, peinture à l'huile, perte comme sujet) dans un territoire inédit : l'intimité sexuelle. Dix-sept peintures composent la série. Chacune fixe une pensée intrusive — la sienne ou celle d'un participant — qui a surgi pendant les ébats, dissous la présence au plaisir, et devient ici son propre sujet pictural. Née d'une invitation au salon érotique SALÒ.
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LECTURE SÉMANTIQUE
loSt — Le mot porte phonétiquement et visuellement LOST (perdu). La majuscule isolée S relie ce titre au tronc LOst-It par continuité graphique : la perte circule d'une série à l'autre, elle change seulement de territoire.
orIgaSMIQUE — Opération de fusion : origami et orgasmique sont fondus en un seul mot qui contient les deux sans en restituer aucun complètement. L'origami (le geste de la main) et l'orgasmique (le territoire de la série) ne forment plus qu'un seul signifiant. La fusion elle-même mime le sujet : deux présences qui cherchent à n'en faire qu'une.
? Eros — extraction et pivot simultanés. Les majuscules EROS apparaissent à l'intérieur de la série (lo-Si-orI-ga-SMIQUE laisse remonter le mot grec). Le héros mythique, figure de la maîtrise, bascule en anti-héros érotique incapable de rester présent. Le pivot désarme la figure héroïque, la rend faillible, humaine, absurde.
LE DISPOSITIF
La série pose une question simple et universelle : avez-vous déjà vécu ce phénomène du banal dans l'intime ? Une pensée intrusive — surgissant durant les ébats amoureux — vous éloigne soudainement du présent, dissout la présence au plaisir. Une pensée à propos de la liste des courses, un souvenir d'une dispute, une projection professionnelle, une obscénité inattendue. La pensée arrive sans cause apparente. Elle s'impose dans le moment où la présence corporelle devrait être maximale.
Le protocole transforme ce phénomène en sujet pictural. La pensée intrusive est consignée mot à mot sur un Post-it. L'artiste froisse ce Post-it en origami de vulve — pliage manuel précis, qui transforme le fragment de texte plat en forme sexuelle tridimensionnelle. Ce que la pensée avait détruit comme présence érotique devient, par ce pliage, un nouvel objet érotique. La peinture à l'huile vient ensuite fixer l'objet plié sur un support durable. Le format est volontairement intime : 7,4×12 cm pour la plupart des œuvres, parfois jusqu'à 20×40 cm.
LE CADRE THÉORIQUE — CAMUS et SCHOPENHAUER
La déconnexion révèle une difficulté fondamentale : nous ne pouvons jamais être totalement présents à notre propre plaisir. Deux philosophies éclairent cette impossibilité, sans se contredire.
Camus y verrait l'absurde dans sa forme la plus intime — l'impossibilité de coïncider avec soi-même au moment même de l'abandon. Le geste sexuel devrait être le moment où la conscience cède au corps. La pensée intrusive prouve qu'elle ne cède jamais entièrement.
Schopenhauer y lirait l'inévitable oscillation du pendule entre souffrance et ennui : même l'orgasme ne suspend pas ce mouvement. Le désir est mouvement perpétuel ; sa satisfaction n'est qu'un point de bascule vers la prochaine privation. La pensée intrusive en est le signal mécanique.
Les deux cadres sont ici complémentaires, l'un désignant l'impossibilité, l'autre en décrivant la mécanique. La série n'illustre ni l'un ni l'autre — elle nomme picturalement ce que les deux philosophes ont nommé conceptuellement.
L'ORIGAMI DE VULVE
Le pliage est précis et reproductible. Il n'est pas une métaphore lointaine de la vulve, il en suit la topologie : labia majora, labia minora, sillon central, ouverture. Le Post-it standard, par ses proportions et son grammage, accepte ce pliage sans casser. Le texte inscrit sur le Post-it, une fois plié, devient partiellement caché et partiellement visible — comme une parole murmurée plus que dite.
Le geste est manuel, exécuté par l'artiste, hors performance publique. Il appartient à la phase préparatoire de l'œuvre. Le Post-it plié est ensuite peint à l'huile sur papier ou sur bois, en suivant son volume et sa texture. La peinture devient à la fois portrait et conservation : elle empêche le pliage de se défaire, fixe le geste, et confère à la vulve de papier la durée de la matière picturale.
Le déplacement est radical. Là où le tronc LOst-It froisse le Post-it pour signifier le rejet et l'abandon, loSt-orIgaSMIQUE le plie pour signifier la transformation en objet sexuel. Le même geste de la main sur le même matériau produit deux opérations opposées.
LA DOUBLE COLLECTE
Le protocole est double : autobiographique et participatif. Les pensées intrusives collectées sont à la fois celles de l'artiste et celles de personnes qui ont accepté de les partager. Aucune sélection par genre, orientation, classe d'âge. La collecte ne cherche ni la représentativité statistique ni l'authenticité confessionnelle.
Ce que l'ensemble produit n'est pas un catalogue typologique mais un inventaire ouvert. Les pensées intrusives, quand elles sont rapprochées, dessinent un commun : elles parlent toutes du même phénomène — l'éloignement involontaire du présent érotique — mais chaque pensée le fait depuis un territoire personnel singulier (langage trivial, souvenir précis, obligation pratique, projection anxieuse).
L'ensemble des dix-sept peintures forme un inventaire de ce que nous perdons chaque fois que nous cherchons le plaisir sans pouvoir y demeurer : la présence, la conscience, le bonheur.

2023 — Préparatifs
ŒUVRES
Dix-sept peintures composent la série. Formats intimes pour la plupart (7,4×12 cm), parfois un peu plus larges (20×40 cm). Chaque œuvre porte la pensée intrusive comme légende, à lire pour comprendre ce qui a été plié, peint, conservé.
EXPOSITIONS
2025 — Galerie Valérie Delaunay, Paris, France
2025 — Espace Cécilia J, Paris, France
2024 — Salò XI, Les Salaisons, Paris, France
PLACE DANS L'ÉCOSYSTÈME
loSt-orIgaSMIQUE est une branche directement issue du tronc LOst-It : elle en applique la logique (la perte comme sujet pictural, le Post-it comme médium, Camus comme cadre) à un territoire inédit — le corps érotique. Elle démontre que l'absurde camusien ne s'arrête pas à la création artistique ni à la consommation culturelle : il loge jusque dans l'intimité la plus immédiate.
Elle dialogue avec PlAIsiR loSt-it sur la destruction du bonheur par le plaisir, mais les deux branches opèrent en miroir : là où PlAIsiR loSt-it interroge la consommation externe (les plaisirs que le monde nous vend), loSt-orIgaSMIQUE révèle que l'absurde est interne, ancré dans notre propre corps.
Elle naît par ailleurs d'un dialogue avec la série SALÒ — le salon érotique a fonctionné comme invitation et comme déclencheur, mais les deux séries restent distinctes : SALÒ a le rôle de contexte générateur, loSt-orIgaSMIQUE est la réponse autonome que la pensée de l'artiste lui oppose.
RÉCAP FINAL
loSt-orIgaSMIQUE — 2023, série fermée. Dix-sept peintures à l'huile sur papier ou sur bois, formats du 7,4×12 cm au 20×40 cm. Chaque œuvre transpose une pensée intrusive surgie pendant les ébats, consignée sur un Post-it puis plié en origami de vulve. Protocole double : autobiographique et participatif. Née d'une invitation au salon érotique SALÒ, curaté par Laurent Quenehen aux Salaisons à Paris.
MICRO-RÉFÉRENCE FICUS

Ficus macrophylla monumental de Giardino Garibaldi, piazza marine à Palermo.











