moissoNB1
? Démophagie
moissoNB1 est une racine profonde de l'écosystème. Trente-et-une peintures réalisées entre 2020 et 2022, qui convoquent le mythe du Windigo — figure autochtone de la cupidité dévorante — pour révéler la répétition tragique des cycles de pouvoir à travers l'histoire. La couleur indigo y porte la trace chimique du système qui a rendu possible le cycle.
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LECTURE SÉMANTIQUE
moissoNB1 — fusion en trois strates simultanées. Opération : emboîtement et fusion.
moisson : en français, la récolte — mais aussi le gain, le profit tiré du travail des autres. La chaîne se poursuit en anglais : gain → win — ce que le pouvoir cupide appelle victoire est la moisson des corps et des peuples.
NB1 : formule chimique de l'indigo. Les majuscules N et B encodent la substance même qui traversait la peinture — l'indigo des vêtements, l'indigo des plantations coloniales, l'indigo comme matière d'exploitation. Le titre contient littéralement le pigment.
La fusion moisson + NB1 crée un mot qui dit simultanément : la récolte (le gain, le win), et la substance de l'exploitation qui l'a rendue possible. L'indigo n'est pas une couleur choisie pour sa beauté — il est la preuve chimique du cycle.
? Démophagie — DEMOS (le peuple, en grec) + PHAGIE (dévorer). Le peuple dévoré par le pouvoir, ou le pouvoir qui se dévore lui-même en dévorant le peuple — le Windigo sous sa forme politique. Le ? ouvre la question : peut-on nommer ce cycle, le reconnaître, et l'interrompre ?
LE DISPOSITIF
Chaque peinture associe un personnage central à un contexte historique précis — conquêtes, colonisations, exploitations, destructions de communautés. Le mythe du Windigo n'est pas convoqué comme référence culturelle d'une communauté précise, mais comme figure universelle : ce monstre de la mythologie autochtone incarne la cupidité qui pousse le pouvoir à se dévorer lui-même et à dévorer les autres.
L'indigo occupe une place matérielle. La couleur des vêtements, portée comme signe de pouvoir ou de condition, renvoie directement à l'histoire de l'indigo comme substance coloniale, cultivée par le travail forcé. La peinture ne décore pas : elle incarne le pigment dans son histoire d'exploitation.
Chaque œuvre est reliée à une vidéo accessible par QR code — créations propres qui ouvrent des portes supplémentaires sur le traitement du sujet, prolongeant la peinture vers d'autres dimensions du propos. Le public est par ailleurs invité à écrire ses impressions sur des toiles vierges disposées dans l'espace. Ces toiles ne sont pas comptabilisées dans la série et sont détruites à l'issue de l'exposition — la parole collective, comme les communautés que la série documente, ne laisse pas de trace durable dans le système qui l'absorbe.
LE WINDIGO COMME RÉVÉLATEUR
Le Windigo des mythologies algonquiennes désigne un être qui, ayant goûté à la chair humaine, ne peut plus s'arrêter de la dévorer — sa faim ne fait que croître. Le mythe sert traditionnellement à nommer la cupidité comme contagion : une fois entré dans le cycle, on ne peut plus revenir.
moissoNB1 emprunte cette figure sans la folkloriser. Elle l'utilise comme révélateur d'un système : la façon dont chaque dirigeant, chargé de pouvoir, s'octroie des facilités morales que la même structure de cupidité a déjà accordées à tous ses prédécesseurs. Le mythe traverse le temps et les peuples parce que ce mécanisme ne change pas.
Le sous-titre ? Démophagie inverse aussi la lecture classique du mythe. Le Windigo dévore l'autre. Démophagie dit autre chose : c'est le peuple dévoré par le pouvoir qui se nourrit de lui, ou le pouvoir qui se dévore lui-même en dévorant son propre fondement. Une auto-consommation politique sans fin.

2021 — Galerie 18bis, Paris, France
ŒUVRES
Trente-et-une peintures, formats du 38×46 cm au 125×270 cm. Chaque œuvre est reliée à une vidéo par QR code. Sélection présentée ici.
EXPOSITIONS
2023 — Art Up, Louis Dimension Gallery, Lille, France
2022 — Opéra, Clermont-Ferrand, France
2022 — Film Festival, Saturnia, Italie
2022 — Galerie 18Bis, Paris, France
PLACE DANS L'ÉCOSYSTÈME
moissoNB1 est une racine profonde qui pose la question de l'histoire répétée et de la responsabilité collective face à la cupidité systémique. Elle nourrit le tronc en révélant que l'absurde camusien traverse aussi l'histoire : nous ne pouvons pas échapper au cycle de la destruction, mais nous pouvons choisir de le regarder en face. Elle dialogue avec diCIBLE sur la mémoire économique du geste et la redistribution, avec LOst-It sur la répétition comme condition humaine, et a été étendue dans SALÒ 2021 (« l'homme de pouvoir aux cornes et au nimbe »).
RÉCAP FINAL
moissoNB1 — 2020-2022, série fermée. Trente-et-une peintures à l'huile, formats du 38×46 cm au 125×270 cm. Chaque œuvre reliée à une vidéo par QR code. Présentée à Lille, Clermont-Ferrand, Saturnia, Paris en 2022-2023. Étendue à SALÒ en 2021.












