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JE SUIS UNE PUTE

? Collectionneur

 

JE SUIS UNE PUTE est une racine profonde de l'écosystème, réalisée entre 2016 et 2017. Cinquante-et-une peintures à l'huile sur lin, autoportraits tirés d'une photographie unique, dont les informations commerciales sont inscrites à la feuille d'or en plein centre de la toile. La série interroge le marché de l'art en retournant sa logique : l'autoportrait est présenté comme produit commercial, et le collectionneur est invité à devenir à son tour acteur de circulation de la valeur.

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LECTURE SÉMANTIQUE
 

JE SUIS UNE PUTE — entièrement en majuscules, pas d'extraction typographique. L'opération est une réhabilitation radicale et délibérément inconfortable : le mot est assumé à la première personne, dans le contexte précis du marché de l'art. L'artiste qui vend son image, son autoportrait, sa présence à travers le système commercial s'y désigne lui-même — et en désignant, il retourne la désignation vers celui qui achète. Si vendre son corps est être une pute, qu'est-il de celui qui achète ?

? Collectionneur — le sous-titre place le collectionneur dans le faisceau de la question. Le ? ne condamne pas : il invite à examiner. Qui est le collectionneur dans ce système — acheteur passif, acteur responsable, ou complice d'une économie qu'il contribue à perpétuer ? La série lui propose une troisième voie : devenir celui qui fait circuler plutôt que celui qui accumule.




LE DISPOSITIF
 

Les autoportraits sont peints à l'huile sur lin, tirés d'une photographie unique réalisée par l'artiste lui-même, déclinée sur des formats allant d'une trentaine de centimètres à deux mètres. Sur la surface de chaque toile sont inscrites à la feuille d'or, en plein centre et à la manière d'une étiquette de produit commercial, les informations habituellement reléguées au dos : numéro, titre, année, technique, format, signature, lieu de réalisation.

Ce que le marché de l'art cache, la série l'exhibe et le dore — rendant visible et précieux ce qui d'ordinaire se dissimule. La feuille d'or n'est pas décorative : elle est l'opérateur du retournement. Ce qui devait rester invisible (les conditions de production de la valeur) devient l'image elle-même.




LA FEUILLE D'OR
 

La feuille d'or appliquée en plein centre des autoportraits porte une charge précise. Dans la peinture occidentale, l'or est traditionnellement réservé aux fonds sacrés — icônes byzantines, retables médiévaux, primitifs italiens. L'or signifie la transcendance, le divin, l'éternité.

JE SUIS UNE PUTE détourne cet usage. L'or n'enveloppe plus le sujet sacré — il signe l'inscription commerciale. Le numéro de série, la signature, le format technique deviennent objets dorés. Ce qui devrait sacraliser le portrait sacralise au contraire ce qui le réduit à un produit. L'opération est ironique sans être cynique : elle reconnaît qu'aujourd'hui, dans le marché de l'art, c'est la fiche technique qui fait la valeur, pas l'image.

L'autoportrait reste visible derrière l'inscription dorée. L'image n'est pas effacée — elle est traversée. Le sujet et son indexation commerciale coexistent sur la même surface. Le spectateur peut choisir lequel il regarde en premier ; les deux sont toujours là.




LE LIVRE "JE SUIS LÀ"
 

Avec chaque œuvre, l'acquéreur reçoit un fragment du livre Je suis là — journal de bord rédigé par l'artiste lors de son premier voyage à Madagascar (2016), décrivant ce qu'il voudrait changer dans le monde et les moyens qu'il se donne pour y parvenir.

Le texte manuscrit est distribué entre toutes les toiles de sorte qu'aucune n'en possède la totalité. Acquérir une œuvre, c'est acquérir un fragment ; pour lire le livre entier, il faudrait que tous les acquéreurs se rencontrent et mettent en commun ce qu'ils possèdent. Le livre devient un dispositif relationnel : il existe entièrement dans la dispersion, et son existence dépend du réseau des collectionneurs.

Ce que la collection privée vise habituellement — la possession exclusive — est ici inversé. Plus on collectionne, moins on possède le sens entier. La compréhension de ce que l'artiste a écrit dépend de la disponibilité des autres à partager. C'est la première occurrence dans l'écosystème du principe qui sera repris par lOSt (fragmentation au profit du commun) et par SEPPUKU (œuvre dispersée entre les participants).




LE COLLECTIONNEUR-AGISSANT
 

Si le collectionneur accepte la proposition jointe à son acquisition, il pose pour un portrait photographique servant de modèle à une seconde peinture de format identique. Il s'engage à vendre cette nouvelle toile, et l'argent récolté est mis à sa disposition pour agir.

Le dispositif est autogéré, fondé sur la confiance. L'artiste n'est pas garant de l'usage. Le manquement est l'un des possibles, accepté en pleine conscience. La série fait le pari que la chaîne se déploie d'elle-même, qu'un collectionneur engagé en active un autre, et qu'à terme un réseau de circulation émerge sans contrôle centralisé.

Une quinzaine de collectionneurs ont suivi le protocole sur les versions huile sur papier. Deux sur les versions huile sur toile. Le dispositif n'a pas généré la chaîne massive espérée — mais il a généré ce qu'il pouvait : des engagements individuels vérifiables, des actes concrets découlant directement de l'acquisition d'une œuvre. La série ne mesure pas sa réussite à l'ampleur du réseau mais à la possibilité d'un autre rapport entre artiste, œuvre, et acquéreur.

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2020 – Espace Vallès, Saint Martin d’Hères, France




ŒUVRES
 

Cinquante-et-une peintures à l'huile sur lin, autoportraits issus d'une photographie unique, formats du 27×41 cm au 160×160 cm. Inscriptions à la feuille d'or au centre de chaque toile. Fragment du livre Je suis là remis avec chaque acquisition.



EXPOSITIONS
 

2017 — Galerie 18bis, Paris, France



PLACE DANS L'ÉCOSYSTÈME
 

JE SUIS UNE PUTE est une racine profonde qui pose la question du marché de l'art et de la responsabilité de ceux qui le font vivre. Elle dialogue avec diCIBLE sur la valeur et la redistribution, mais où diCIBLE mécanise le don par un protocole quantifiable (décote économique par lancer), JE SUIS UNE PUTE l'incarne dans une relation directe et personnelle entre l'artiste et le collectionneur. Elle dialogue avec AVEC sur la co-construction de l'œuvre, mais où AVEC ouvre la surface peinte à l'autre, JE SUIS UNE PUTE ouvre la responsabilité économique. Elle nourrit le tronc en révélant que tout acte de création engage ceux qui le reçoivent : l'art n'existe que par la chaîne de responsabilités qu'il noue. Elle inaugure le principe de dispersion qui sera repris par lOSt et SEPPUKU.



RÉCAP FINAL
 

JE SUIS UNE PUTE — 2016-2017, série fermée. Cinquante-et-une peintures à l'huile sur lin, autoportraits tirés d'une photographie unique, formats du 27×41 cm au 160×160 cm. Inscriptions commerciales à la feuille d'or au centre. Fragment du livre Je suis là disséminé entre les acquéreurs. Protocole de collectionneur agissant : 15 engagements sur huile sur papier, 2 sur huile sur toile. Présentée à la Galerie 18bis, Paris, 2017.



DOSSIER SPÉCIFIQUE
 



MICRO-RÉFÉRENCE FICUS

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  Ficus macrophylla monumental de Giardino Garibaldi, piazza marine à Palermo.

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