PERDerSi
? Chairs
PERDerSi est une racine courte de l'écosystème. Sept peintures et un projet, réalisés en 2021. Chaque modèle apporte un objet de valeur — bague, bijou, fragment de vie — qui est scellé à l'intérieur du châssis avant que la toile ne soit tendue. Inaccessible, invisible, mais présent pour toujours. Ce que le portrait donne à voir compte moins que ce que le modèle a consenti à abandonner.
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LECTURE SÉMANTIQUE
PERDerSi — infinitif réfléchi italien. Opération : dissolution. Perdere en italien, c'est perdre quelque chose. Perdersi, c'est se perdre soi-même — la perte n'est plus transitive, elle se retourne sur le sujet. On ne perd pas un objet : on se perd à l'intérieur.
Le choix de l'italien n'est pas anodin : il porte une douceur que le français n'a pas. Se perdre en français dit l'égarement, l'échec de l'orientation. Perdersi dit l'abandon consenti, presque la grâce. La série demande aux deux parties de perdersi — au modèle de perdre son objet précieux et son visage, au peintre de perdre le contrôle de ce que l'œuvre contient.
? Chairs — le sous-titre nomme ce qui reste quand tout le reste a disparu : la chair, le corps sans visage, la présence sans identité assignée. La chair est ce qu'on ne peut pas effacer. C'est aussi le seul avoir qui soit en même temps de l'être.
LE DISPOSITIF
Chaque modèle apporte un objet de valeur — une bague, un bijou, un fragment de vie. Cet objet est scellé à l'intérieur du châssis de la toile avant que celle-ci ne soit tendue. Une fois la toile en place, l'objet devient inaccessible, invisible, indissociable de l'œuvre. Personne — pas même le peintre, pas même le modèle — ne pourra plus le récupérer sans détruire la peinture.
Le portrait peint en surface est secondaire. L'artiste peut effacer une partie du visage, recouvrir un trait, retravailler une zone : ce qui compte n'est pas ce qu'on voit mais ce qui est caché à l'intérieur. La peinture devient enveloppe d'une absence consentie.
Le portrait devient un dialogue — non une démonstration technique, mais un acte d'ouverture mutuelle où les deux parties acceptent de se perdre dans l'acte de créer ensemble. Ce qu'il reste n'appartient à personne — et c'est là sa valeur.
ELENA, PREMIÈRE PARTICIPANTE
La première participante fut Elena D'Alessandro Layral, italienne. Le français qu'elle avait appris en France ne restituait pas entièrement ce qu'elle était : ses émotions vivaient dans sa langue d'origine. Perdersi est en italien pour cette raison — c'est le mot juste, dans la langue juste, choisi pour qu'elle puisse l'entendre comme un mot et non comme une traduction.
L'expérience qui a précédé la série — un sacrifice mutuel réel, ce qu'on accepte de perdre pour que quelque chose de plus juste puisse exister entre deux personnes — vient de cette relation. PERDerSi n'est pas une transposition abstraite de cette expérience : c'est sa généralisation à un protocole qui peut accueillir d'autres modèles.
Elena est morte en mars 2024. PERDerSi précède donc O Μινώταυρος / imMORtALE, où elle deviendra le second modèle d'une autre série, et où des cendres remplaceront l'objet scellé. La logique du sacrifice mutuel inaugurée ici se prolonge en deuil dans la branche du tronc.

2025 — Galerie Sabine bayasli;, Paris, France
ŒUVRES
Sept peintures, formats du 24×31 cm, huile sur peuplier ou sur lin. Chaque toile contient à l'intérieur de son châssis un objet de valeur apporté par le modèle, scellé avant le montage. Sélection présentée ici, avec mention des objets quand le modèle a accepté de les nommer.
EXPOSITIONS
2025 — Galerie Sabine Bayasli, Paris, France
PLACE DANS L'ÉCOSYSTÈME
PERDerSi pose la question du don irréversible comme condition du portrait juste. Elle dialogue avec INO ONI sur la relation entre peintre et modèle — mais là où INO ONI cherche une validation mutuelle, PERDerSi demande un abandon mutuel. Elle dialogue avec O Μινώταυρος / imMORtALE par anticipation : ce que PERDerSi inaugure comme sacrifice mutuel devient deuil dans la branche du tronc, où l'objet scellé est remplacé par les cendres funéraires d'Elena. Elle nourrit le tronc en révélant que LOst-It est aussi une forme de perdersi : se perdre dans le geste répété, donner sans retour, accepter que ce qu'on crée ne nous appartient plus.
RÉCAP FINAL
PERDerSi — 2021, série fermée. Sept peintures à l'huile sur peuplier ou sur lin, formats 24×31 cm. Plus un projet en cours. Chaque toile contient un objet de valeur scellé dans le châssis, inaccessible. Première participante : Elena D'Alessandro Layral. Présentée à la Galerie Sabine Bayasli, Paris, 2025.










