top of page

lOSt

? Perdre

 

lOSt est une racine profonde de l'écosystème. Cinquante-et-une peintures et un tatouage, réalisés entre 2013 et 2020. Chaque toile sacrifie son unité au profit de la redistribution : le public appose des gommettes rouges qui brisent l'œuvre comme tout et transforment chaque euro versé en cinq repas scolaires pour des enfants malgaches via FA.ZA.SO.MA. Les œuvres ont été vendues avec les gommettes vernies à même la toile — la fragmentation est constitutive de l'objet final.

Voir la page Démarche →




LECTURE SÉMANTIQUE
 

lOSt : l(min)O(maj)S(maj)t(min). Les majuscules extraient O, S → OS. Opération : extraction. OS porte trois sens simultanés et indissociables.

L'os — ce qui demeure quand la chair a disparu. La toile perd sa surface fragment par fragment, et ce qui se révèle sous la perte est l'os : la structure irréductible, ce qui ne se fragmente pas. Phonétiquement, lOSt est LOST — perdu en anglais. Le lowercase l et le lowercase t encadrent OS comme une peau autour du squelette.

La colonne d'os — l'axe porteur, ce qui tient le corps debout même dépouillé. En perdant son unité, la série expose ce qui ne peut pas être retiré : la nécessité du lien, la colonne du commun.

L'O.S. — Operating System — le système d'exploitation, l'infrastructure invisible qui fait tourner tout le reste. En brisant l'unité de la toile, lOSt expose l'O.S. de la société : le code économique et politique qui détermine comment la valeur est distribuée, fragmentée, appropriée. La gommette rouge est un pixel dans ce système. La redistribution via FA.ZA.SO.MA. est une réécriture de son code.

? Perdre — perdre l'unité de la toile, perdre la condition du tout, perdre la voix sur le corps. La redistribution est la réponse positive au négatif de la perte.




LE DISPOSITIF
 

lOSt propose au public d'acquérir une petite surface de la toile en y apposant une gommette rouge. La toile est exposée dans son intégrité initiale, à un prix coté. Chaque gommette achetée par un visiteur couvre une zone définie de la peinture. Le visiteur ne déplace pas la gommette : il l'appose à un endroit précis, et son geste est définitif.

La performance se poursuit jusqu'à ce que toutes les gommettes soient posées, ou jusqu'à ce que les visiteurs cessent. À l'issue, les gommettes sont vernies à même la toile — elles deviennent partie intégrante de l'œuvre, qui ne peut plus être lue comme image continue. L'œuvre finale est ensuite mise en vente. L'acquéreur reçoit la toile telle qu'elle est, fragmentée, avec son histoire économique inscrite dans sa surface.




LA GOMMETTE ROUGE
 

La gommette rouge est l'objet emblématique du marché de l'art. Posée par le galeriste sur la cartel d'une œuvre vendue, elle signifie l'acquisition, la valeur préservée, le passage de l'œuvre à un propriétaire. Elle valide la transaction sans détruire la peinture — elle est même invisible sur l'œuvre elle-même, posée à distance, sur l'étiquette.

lOSt détourne cet objet en inversant chacune de ses opérations. La gommette n'est plus sur le cartel mais sur la toile — elle entre dans le corps de l'œuvre. Elle n'est pas posée par le galeriste mais par le visiteur — elle multiplie ses auteurs. Elle ne signifie plus la valeur préservée mais la fragmentation consentie — elle inverse son sens.

Le même signe, deux mouvements opposés. C'est le détournement le plus précis du vocabulaire commercial dans l'écosystème.




LA POLITIQUE DU COMMUN
 

Ce que chaque gommette fait à l'œuvre n'est pas seulement la couvrir visuellement : elle brise son unité. La toile perd sa condition de tout — ce qui était entier, cohérent, lisible ensemble, devient morcelé, approprié en fragments individuels.

Cette perte de l'unité résonne avec la question politique que la série porte en filigrane : consacrer la propriété individuelle comme droit fondamental, c'est aussi fragmenter la condition du commun. Une certaine vision du peuple comme lien collectif se dissout lorsque le tout n'est plus possible. La politique du commun ne peut exister que si l'unité reste envisageable.

La redistribution est la face positive de ce négatif. Chaque euro versé est transformé en repas scolaires pour des enfants malgaches via FA.ZA.SO.MA., à raison de cinq repas par euro aujourd'hui. Ce qui se fragmente peut nourrir. Ce qui se perd devient condition de vie pour d'autres. La série démontre qu'une autre économie est possible — non comme idéologie, mais comme protocole vérifiable.




LE TATOUAGE
 

La série compte également un tatouage sur le corps de l'artiste : la phrase « Je ne m'écrierai plus sur le corps. » répétée en lignes régulières comme une punition scolaire, en cursive noire sur la poitrine.

Le verbe écrierai porte un double sens simultané — écrire (j'écrirai) et s'écrier (je m'écrierai) — fusionnés en un seul mot : ne plus écrire sur le corps et ne plus crier à propos du corps, le même interdit, sur la même surface. La punition scolaire imposait l'écriture répétée en silence — le corps devait écrire sans crier.

Ce tatouage porte la mémoire de ce qui a été interdit dès l'enfance, renforcée par l'interdiction de la peinture figurative à l'École des Beaux-Arts de Toulouse. L'interdit, répété jusqu'à saturation, se retourne en œuvre : la phrase qui interdit l'écriture sur le corps est écrite sur le corps, pour toujours.

YIA Art Fair, Paris, France, 2017, Instalaltion performative.JPG

2017 — Carreau du Temple, Paris, France 




ŒUVRES
 

Cinquante-et-une peintures à l'huile sur lin, formats variés du 27×41 cm au polyptyque 250×400 cm. Toutes vendues avec gommettes vernies à même la surface. Plus un tatouage sur le corps de l'artiste. Sélection présentée ici.



EXPOSITIONS
 

2018 — Frame (Off Art Basel), Bâle, Suisse

2018 — Galerie 55 Bellechasse, Paris, France
2018 — Galerie 55 Bellechasse, Istanbul, Turquie
2017 — Carreau du Temple, Paris, France
2015 — Institut français, Rome, Italie
2015 — Musée, Tournon-sur-Rhône, France



PLACE DANS L'ÉCOSYSTÈME
 

lOSt est une racine profonde qui pose la question de la perte comme création et comme don pur. Elle dialogue avec diCIBLE et SEPPUKU sur la fragmentation de la valeur et la redistribution. SEPPUKU a appliqué son protocole à lOSt en première position de sa progression vers le tronc — la première peinture éviscérée. Elle partage avec SEPPUKU la critique de la propriété telle qu'inscrite dans la Déclaration des droits de l'homme, ici appliquée à la condition du tout collectif. Elle nourrit le tronc en révélant que LOst-It radicalise ce principe : non pas perdre l'œuvre dans sa matière, mais l'accepter comme inachevable et dispersée dans le temps, fragment par fragment.



RÉCAP FINAL
 

lOSt — 2013-2020, série fermée. Cinquante-et-une peintures à l'huile sur lin, formats du 27×41 cm au polyptyque 250×400 cm. Toutes vendues avec gommettes rouges vernies à même la surface. Un tatouage sur la poitrine de l'artiste. Chaque euro versé transformé en cinq repas scolaires pour enfants malgaches via FA.ZA.SO.MA. Présentée à Bâle, Istanbul, Paris, Rome, Tournon-sur-Rhône de 2015 à 2018.



DOSSIER SPÉCIFIQUE
 



MICRO-RÉFÉRENCE FICUS

Ficus macrophy a monumental de Garcino Canbeldi_edited.jpg

  Ficus macrophylla monumental de Giardino Garibaldi, piazza marine à Palermo.

bottom of page