suJEctif
? Multi
surJEctif est une racine courte de l'écosystème, réalisée entre 2018 et 2019. Cinq peintures où des calques transparents successifs permettent à plusieurs regards de coexister sur un même portrait sans s'effacer. Une réponse à la subjectivité par la multiplicité, empruntée à la topologie mathématique : la surjection.
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LECTURE SÉMANTIQUE
surJEctif — le mot mathématique rendu adjectif pictural ; l'opération est une correction. Subjectif : ce qui appartient au seul sujet qui perçoit, ce qui ne correspond à aucune réalité extérieure vérifiable — la limite du regard individuel. surJEctif substitue au préfixe sub (en dessous, en deçà) le préfixe sur (au-dessus, au-delà) — non pour nier la subjectivité, mais pour la dépasser par accumulation. En mathématiques, la surjection garantit que chaque élément de l'ensemble d'arrivée est couvert : aucun angle mort, aucune zone non atteinte. Le portrait surjectif ne prétend pas à l'objectivité ; il multiplie les subjectivités jusqu'à ce que l'image soit couverte de toutes parts.
Ce déplacement rejoint une intuition philosophique : ce que nous nommons objectivité n'est pas l'effacement des points de vue, mais leur convergence. C'est l'intersubjectivité de la phénoménologie — chez Husserl, chez Merleau-Ponty — où le monde commun n'existe que parce que plusieurs consciences le visent ensemble. Psychologiquement, chacun ne perçoit de l'autre que ce que sa position autorise : il reste toujours un angle mort, que seul le regard d'autrui révèle. Les calques successifs comblent ces angles morts l'un après l'autre — la subjectivité n'est pas niée, elle est rendue complète par les autres.
? Multi — le sous-titre dit le moyen, non le résultat : multi, plusieurs, simultané, superposé. La multiplicité n'est pas le chaos — c'est la condition d'une image plus juste que celle qu'un seul regard peut produire.
LE DISPOSITIF
La peinture initiale est réalisée à l'huile sur toile par l'artiste, à partir d'une photographie du modèle. Sur cette surface peinte, des feuilles de calque transparentes sont apposées successivement. Le modèle est invité à intervenir sur la première feuille — il peut dessiner, écrire, recouvrir certaines zones, en effacer d'autres. Une seconde feuille est posée par-dessus, et un autre participant intervient à son tour. Le processus se poursuit avec autant de calques qu'il y a de regards à recueillir.
Chaque calque préserve le regard précédent sans le détruire. Le résultat est une image stratifiée où plusieurs subjectivités coexistent visiblement sans hiérarchie. Aucune intervention n'a la priorité sur les autres. Aucune n'est plus vraie. Le portrait final n'est pas une œuvre composée — c'est l'inscription matérielle d'un dialogue qui n'a pas cherché la résolution.
LA TOPOLOGIE COMME MÉTHODE
La série part d'une question philosophique : si le regard est toujours subjectif, comment construire une image qui tienne compte de cette limite sans la subir ? La réponse vient des mathématiques, non de la philosophie.
En topologie, une fonction est dite surjective quand chaque point de l'ensemble d'arrivée est atteint par au moins un point de départ — rien n'est laissé sans correspondance, aucun territoire de l'image n'échappe au regard. La surjection ne dit rien de l'unicité de l'arrivée (un même point peut être atteint par plusieurs origines) — elle ne garantit que la couverture intégrale.
surJEctif transpose ce principe au portrait. La peinture initiale ne peut pas tout couvrir, parce qu'elle vient d'un seul regard. L'accumulation des calques garantit que chaque zone du modèle, finalement, aura été regardée par au moins un sujet. La méthode ne vise pas la vérité — elle vise la complétude relationnelle.

1024 · surJEctif BENOIT · 2019 · Huile, Calque et aucune intervention sur lin · 41x33 cm
ŒUVRES
Cinq peintures à l'huile sur lin, avec calques apposés. Formats du 27×19 cm au 41×33 cm. Sélection présentée ici, avec mention du nombre d'intervenants quand connu.
EXPOSITIONS
Série non encore exposée publiquement à ce jour.
PLACE DANS L'ÉCOSYSTÈME
surJEctif pose la question de la multiplicité des regards comme méthode. Elle dialogue avec INO ONI et PEINTOMATON sur la co-construction de l'image entre peintre et modèle — mais là où ces séries cherchent une relation à deux, surJEctif ouvre le portrait à une polyphonie sans limite. Elle nourrit le tronc en révélant que LOst-It fonctionne aussi par surjection : douze mille peintures qui couvrent le temps sans laisser aucun regard sans correspondance — une image totale construite par accumulation de fragments individuels.
RÉCAP FINAL
surJEctif — 2018-2019, série fermée. Six peintures à l'huile sur lin avec calques apposés successivement, formats 27×19 cm à 41×33 cm. Méthode empruntée à la topologie mathématique : la surjection comme garantie que chaque zone du portrait sera regardée par au moins un participant.






