SEPPUKU

2020 – Espace Valles, Saint Martin d’Hères, France
LES DONNÉES
Sous-Titre : ? Appropriation
Catégorie : Branche
Période : 2017
Réalisations : 3 Peintures (évolutif)
Présentation générale : SEPPUKU n'est pas une série autonome — c'est un protocole performatif qui s'applique à d'autres œuvres. Appliqué jusqu'ici à trois peintures appartenant à trois séries distinctes — lOSt, diCIBLE, LOst-It —, il transforme chaque toile en corps ouvert : le public paie pour lancer une fléchette, extrait un fragment, et emporte une partie de l'œuvre. Ce qui sort de la toile, c'est ce qui sort d'un corps éviscéré. Le travail et la vie ne faisant qu'un, c'est l'artiste qui s'éviscère.
LE PORTFOLIO
Sélection : 3 œuvres sur 3 réalisées à ce jour.

1044 • DIcible Fair Seppuku
2019 • Huile sur lin • 125x200

940 • LOST FAiR
2017 • Installation performée • Stand de tir • Huile et Fléchettes sur lin • 200x250
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1142 • LOst-It
« monde a trois dimensions, » (p.17)
Œuvre 15/12000 • 2023 • Huile sur bois Polyptyque, livre • 25x(24x33) cm
SEPPUKU n'est pas une série autonome — c'est un protocole performatif qui s'applique à d'autres œuvres. Appliqué jusqu'ici à trois peintures appartenant à trois séries distinctes — lOSt, diCIBLE, LOst-It —, il transforme chaque toile en corps ouvert : le public paie pour lancer une fléchette, extrait un fragment, et emporte une partie de l'œuvre. Ce qui sort de la toile, c'est ce qui sort d'un corps éviscéré. Le travail et la vie ne faisant qu'un, c'est l'artiste qui s'éviscère.
PROJET
Le seppuku japonais consiste à entrer soi-même la lame dans son ventre et à laisser sortir. SEPPUKU transpose ce geste sur la peinture : chaque fléchette entre dans la toile, et ce qui sort — le fragment découpé, encadré, remis au participant — est l'équivalent des entrailles rendues publiques. Puisque le travail et la vie ne font qu'un, chaque lancer est un acte accompli sur le corps même de l’artiste.
Le dispositif économique est précis et délibéré. Pour la peinture LOst-It actuellement en jeu — « monde à trois dimensions » (p.17), œuvre 15/12 000, huile sur bois, polyptyque de 25 panneaux de 24×33 cm, valeur totale 15 000 € —, chaque panneau a une valeur cotée de 1 400 €. Le prix d'un lancer est calculé non sur cette valeur mais sur la part proportionnelle de l'œuvre totale : 15 000 € ÷ 25 = 600 €. Le participant acquiert un fragment valant 1 400 € pour 600 €. L'intégralité de la somme est reversée à FA.ZA.SO.MA, association dont l'artiste est président depuis 2016. L'artiste perd l'intégrité de l'œuvre, la valeur marchande qu'il aurait pu en tirer, et un fragment de lui-même. Il n'en garde rien.
Ce que révèle la fragmentation va plus loin encore. La toile complète forme une image unifiée et lisible. Chaque fragment prélevé devient une œuvre abstraite — un détail sans contexte, une vérité partielle. L'artiste inverse ici son propre principe fondateur : là où AVEC part de fragments individuels pour composer une réalité plurielle, SEPPUKU part d'une image unifiée et la dissèque jusqu'à ce qu'elle ne soit plus reconnaissable. La seule façon de retrouver l'image complète sera de réunir l'ensemble des participants. La réalité ne peut être perçue que comme la somme des vérités individuelles — mais ici, c'est en partant de l'unité qu'on le découvre, en la détruisant.
Le protocole a été appliqué dans un ordre qui n'est pas anodin : d'abord à lOSt (une racine), puis à diCIBLE (une autre racine), puis à LOst-It (le tronc lui-même). La lame s'est enfoncée de plus en plus au cœur de la pratique.
LE PROJET
EXPOSITIONS
2024 – Musée Labenche, Brive, France
2023 – Ecole d’Art, Riom, France
2020 – Espace Valles, Saint Martin d’Hères, France
2017 – Carreau du temple, Paris, France
– Galerie 18 Bis, Paris, france
LECTURE SÉMENTIQUE
SEPPUKU — le titre est entièrement en majuscules : il n'y a pas d'extraction possible par contraste typographique. L'opération est ailleurs. Opération : réhabilitation. SEPPUKU est un terme emprunté à la culture rituelle japonaise — le suicide par éventrement, geste ultime de l'honneur. La série le déplace radicalement : ce qui était un protocole de destruction de soi devient un protocole de destruction de l'œuvre par l'autre.
Ce déplacement opère un pivot simultané : dans le seppuku traditionnel, le guerrier se détruit pour préserver l'honneur — le sujet et l'objet de la destruction sont confondus. Dans la série, le spectateur détruit l'œuvre de l'artiste — le sujet de la destruction est extérieur, l'artiste s'éviscère par procuration. Ce n'est plus l'honneur qui est en jeu, mais la responsabilité : détruire pour redistribuer, fragmenter pour donner.
La double réhabilitation est précise : le mot est réhabilité depuis la mort rituelle vers le protocole artistique, et depuis la honte de la destruction vers la dignité du don.
? Appropriation — le sous-titre met en tension le geste du spectateur : s'approprier un fragment d'œuvre par la violence du lancer, c'est à la fois acquérir, détruire et hériter d'une responsabilité. Le ? tient ouverte la question : l'appropriation forcée d'un fragment est-elle une prise de possession, un acte de don, ou les deux simultanément ? SEPPUKU répond que ces trois gestes ne font qu'un.
CE QUI DISTINGUE SEPPUKU DE diCIBLE
Les deux séries impliquent des fléchettes et FA.ZA.SO.MA. La distinction est radicale : dans diCIBLE, le geste est économique et symbolique — chaque lancer réduit le prix de l'œuvre sans la détruire physiquement. Dans SEPPUKU, le geste est physique et irréversible — il extrait, il fragmente, il détruit l'image totale. diCIBLE interroge la valeur. SEPPUKU l’éviscère.
PLACE DANS L'ÉCOSYSTÈME
SEPPUKU est un protocole-branche qui traverse plusieurs séries sans leur appartenir. Il a été appliqué à lOSt et diCIBLE (Racines) avant d'atteindre LOst-It (Tronc) — chaque application enfonçant la lame plus profondément dans le cœur de la pratique. Il dialogue avec LIbrE et CEnSURE sur l'irréversibilité comme condition de sens, et inverse le principe fondateur d'AVEC : là où AVEC construit la réalité depuis les fragments, SEPPUKU la défait pour en redistribuer les morceaux.
ÉCOSYSTÈME DE RÉFÉRENCE
Caractéristiques principales :
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Espèce : Ficus macrophylla (figuier de la baie de Moreton), originaire d’Australie.
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Plantation à Palerme : 1863–1864.
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Hauteur : environ 30 m.
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Structure : un tronc central avec de nombreuses racines aériennes qui descendent au sol et deviennent de nouveaux “piliers”, donnant l’impression d’un arbre avec branches-racines multiples.
• Il est souvent considéré comme l’un des plus grands arbres d’Europe en volume de végétation.

Ficus macrophylla monumental de Giardino Garibaldi, piazza marine à Palermo.