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SEPPUKU

? Appropriation

 

SEPPUKU est une branche du tronc LOst-It, ancienne racine relue à partir de l'absurde camusien. Protocole performatif plutôt que série autonome : il s'applique à d'autres œuvres pour les éviscérer publiquement. Chaque fléchette lancée par un participant extrait un fragment de la toile, qu'il emporte ; l'intégralité du prix payé est reversée à FA.ZA.SO.MA. Appliqué jusqu'ici à trois peintures — lOSt, diCIBLE, LOst-It — la lame s'enfonce progressivement au cœur de la pratique.

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LECTURE SÉMANTIQUE
 

SEPPUKU — le titre est entièrement en majuscules : il n'y a pas d'extraction possible par contraste typographique. L'opération est ailleurs. Opération : réhabilitation. SEPPUKU est un terme emprunté à la culture rituelle japonaise — le suicide par éventrement, geste ultime de l'honneur. La série le déplace radicalement : ce qui était un protocole de destruction de soi devient un protocole de destruction de l'œuvre par l'autre.

Ce déplacement opère un pivot simultané : dans le seppuku traditionnel, le guerrier se détruit pour préserver l'honneur — le sujet et l'objet de la destruction sont confondus. Dans la série, le spectateur détruit l'œuvre de l'artiste — le sujet de la destruction est extérieur, l'artiste s'éviscère par procuration. Ce n'est plus l'honneur qui est en jeu, mais la responsabilité : détruire pour redistribuer, fragmenter pour donner.

La double réhabilitation est précise : le mot est réhabilité depuis la mort rituelle vers le protocole artistique, et depuis la honte de la destruction vers la dignité du don.

? Appropriation — le sous-titre met en tension le geste du spectateur : s'approprier un fragment d'œuvre par la violence du lancer, c'est à la fois acquérir, détruire et hériter d'une responsabilité. Le ? tient ouverte la question : l'appropriation forcée d'un fragment est-elle une prise de possession, un acte de don, ou les deux simultanément ? SEPPUKU répond que ces trois gestes ne font qu'un.




LE PROTOCOLE
 

Le seppuku japonais consiste à entrer soi-même la lame dans son ventre et à laisser sortir ce qui doit en sortir. SEPPUKU transpose ce geste sur la peinture : chaque fléchette entre dans la toile, et ce qui en sort — le fragment découpé, encadré, remis au participant — est l'équivalent des entrailles rendues publiques.

L'œuvre concernée est exposée préalablement comme entité unifiée, à un prix coté au marché. Le public est invité à lancer. Chaque impact extrait un fragment de la toile, sélectionné selon une grille de découpe préétablie en panneaux. Le fragment extrait est immédiatement encadré et remis au participant qui a payé le lancer. La toile, progressivement vidée, devient un corps ouvert que tout le monde voit s'éviscérer en direct. À la fin de la performance, il ne reste qu'une carcasse — l'image originale est définitivement détruite, dispersée entre les acquéreurs des fragments.




LE DISPOSITIF ÉCONOMIQUE
 

Le dispositif économique est précis et délibéré. Pour la peinture LOst-It actuellement en jeu — « monde à trois dimensions » (p.17), œuvre 15/12 000, huile sur bois, polyptyque de 25 panneaux de 24×33 cm, valeur totale 15 000 € — chaque panneau a une valeur cotée de 1 400 €. Le prix d'un lancer est calculé non sur cette valeur mais sur la part proportionnelle de l'œuvre totale : 15 000 € ÷ 25 = 600 €. Le participant acquiert un fragment valant 1 400 € pour 600 €.

L'intégralité de la somme est reversée à FA.ZA.SO.MA., association dont l'artiste est président depuis 2016. L'artiste perd l'intégrité de l'œuvre, la valeur marchande qu'il aurait pu en tirer, et un fragment de lui-même. Il n'en garde rien. Le don n'est pas un geste secondaire — il est la condition même du dispositif. SEPPUKU n'a de sens que parce que rien ne revient à l'auteur.




L'INVERSION AVEC
 

Ce que révèle la fragmentation va plus loin encore. La toile complète forme une image unifiée et lisible. Chaque fragment prélevé devient une œuvre abstraite — un détail sans contexte, une vérité partielle. L'artiste inverse ici son propre principe fondateur.

Dans AVEC, l'artiste part de fragments individuels — la moitié peinte, la moitié laissée au modèle — pour composer une réalité plurielle. La somme des deux vérités produit l'œuvre. Dans SEPPUKU, l'opération est inverse : on part d'une image unifiée et on la dissèque jusqu'à ce qu'elle ne soit plus reconnaissable. La seule façon de retrouver l'image complète serait de réunir l'ensemble des participants ayant emporté un fragment.

La réalité ne peut être perçue que comme la somme des vérités individuelles — mais ici, c'est en partant de l'unité qu'on le découvre, en la détruisant. Ce que AVEC suppose comme matériau initial, SEPPUKU le produit comme résultat final.




DISTINCTION SEPPUKU / diCIBLE
 

SEPPUKU et diCIBLE impliquent toutes deux des fléchettes et FA.ZA.SO.MA. La distinction est radicale.

Dans diCIBLE, le geste est économique et symbolique : chaque lancer réduit le prix de l'œuvre sans la détruire physiquement. La toile reste entière à la fin de la performance, mais sa valeur cotée a pu descendre jusqu'à zéro. diCIBLE interroge la valeur marchande.

Dans SEPPUKU, le geste est physique et irréversible : il extrait, il fragmente, il détruit l'image totale. La toile finale n'est plus une toile mais une carcasse. SEPPUKU éviscère cette valeur — il en démontre la fragilité non par décote mais par destruction matérielle.

L'une demande au marché de se laisser corriger. L'autre lui demande de se laisser détruire.




L'ORDRE D'APPLICATION
 

Le protocole a été appliqué dans un ordre qui n'est pas anodin.

D'abord à lOSt (une racine, 2017), où la peinture acceptait déjà la fragmentation par gommettes rouges. SEPPUKU radicalise ce principe : non plus une gommette qui couvre, mais une lame qui découpe.

Ensuite à diCIBLE (une racine, 2019-2024), où l'œuvre acceptait déjà la décote économique par lancer. SEPPUKU radicalise à nouveau : non plus une réduction de prix, mais une suppression de matière.

Enfin à LOst-It (le tronc, 2023), avec le polyptyque « monde à trois dimensions ». L'éviscération atteint le cœur de la pratique. Ce n'est plus une racine périphérique qui est sacrifiée — c'est le tronc lui-même qui consent à se laisser fragmenter.

La progression dit quelque chose sur la pratique elle-même : SEPPUKU n'est pas un protocole appliqué une fois. C'est un mouvement qui se rapproche peu à peu de l'axe central, jusqu'à demander : l'auteur peut-il consentir à voir son tronc se disperser entre les mains d'inconnus ?

Espace Vallès, Saint-Martin-d’Hères, France, 2020, Installation performatiive, Group.JPG

2020 – Espace Valles, Saint Martin d’Hères, France




ŒUVRES
 

Trois œuvres sont actuellement engagées dans le protocole. Une racine ancienne (lOSt), une racine plus récente (diCIBLE), et le tronc (LOst-It). Les vignettes montrent l'œuvre avant le protocole, le dispositif en action, et la carcasse finale après éviscération.



EXPOSITIONS
 

2024 — Musée Labenche, Brive, France
2023 — École d'Art, Riom, France
2020 — Espace Vallès, Saint Martin d'Hères, France
2017 — Carreau du Temple, Paris, France
2017 — Galerie 18 Bis, Paris, France



PLACE DANS L'ÉCOSYSTÈME
 

SEPPUKU est un protocole-branche qui traverse plusieurs séries sans leur appartenir. Il a été appliqué à lOSt et diCIBLE (racines) avant d'atteindre LOst-It (tronc) — chaque application enfonçant la lame plus profondément dans le cœur de la pratique. Il dialogue avec LIbrE et CEnSURE sur l'irréversibilité comme condition de sens, et inverse le principe fondateur d'AVEC : là où AVEC construit la réalité depuis les fragments, SEPPUKU la défait pour en redistribuer les morceaux. C'est l'une des branches qui rend la pratique entière vulnérable : tout ce qui est dans l'écosystème peut potentiellement passer sous la lame.



RÉCAP FINAL
 

SEPPUKU — depuis 2017, série évolutive. Trois œuvres engagées à ce jour : lOSt (2017), diCIBLE (2019), LOst-It (2023). Protocole d'éviscération picturale par lancer de fléchette, prix calculé en part proportionnelle de l'œuvre totale, intégralité reversée à FA.ZA.SO.MA. La lame progresse au fil du temps vers le cœur de l'écosystème.



DOSSIER SPÉCIFIQUE
 



MICRO-RÉFÉRENCE FICUS

Ficus macrophy a monumental de Garcino Canbeldi_edited.jpg

  Ficus macrophylla monumental de Giardino Garibaldi, piazza marine à Palermo.

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