CEnSURE
? Césure
CEnSURE est une pièce antérieure au tronc, une branche restée ouverte sous sa forme primitive, jointe à sa propre racine, dont la création du tronc révèle la filiation par lecture rétrospective.. En 2018, elle porte déjà l'absurde camusien qui se nommera plus tard LOst-It : la censure subie devient césure choisie. Une seule pièce, qui circule d'exposition en exposition depuis 2020 : le lobule gauche de l'oreille de l'artiste, prélevé puis conservé dans du formol, encadré, illuminé. L'œuvre est proposée à la vente réelle ; l'intégralité du montant sera reversée à sept projets humanistes engagés pour la liberté.
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LECTURE SÉMANTIQUE
CEnSURE : les majuscules C, E, S, U, R, E forment CÉSURE — la coupure volontaire, l'interruption dans le flux. Opération : soustraction du n minuscule, qui disparaît pour révéler CÉSURE à l'intérieur de CENSURE. La censure, perçue comme contrainte imposée de l'extérieur, contient en elle la césure — geste choisi, intérieur, maîtrisé. Supprimer ce que l'on subit pour ne garder que ce que l'on décide : c'est la logique même de la série.
? Césure — le sous-titre confirme et expose l'opération. Le ? maintient l'ouverture : la césure n'est pas une réponse mais une posture, une façon de tenir debout face à la contrainte.
LE DISPOSITIF
L'opération est précise. Le lobule gauche de l'oreille est prélevé en 2018 — fragment minimal, fonctionnellement non vital, qui ne modifie ni l'audition ni la posture du corps. Le choix de cette zone n'est pas anodin : ce que l'on retranche doit être assez peu pour que la vie continue, assez significatif pour que la perte soit visible. Le lobule remplit exactement cette double condition.
Le fragment est conservé dans du formol — solution biologique standard, utilisée pour la conservation anatomique. Le flacon de verre, neutre, est inséré dans un encadrement simple et illuminé. Format final : 25,5×25,5 cm. L'éclairage donne à l'objet le statut d'œuvre d'art tout en gardant la précision clinique du dispositif. Rien n'est dramatisé. Le lobule est présenté comme ce qu'il est : un fragment de corps soustrait.
L'INTENTION
CEnSURE inverse le rapport à la censure. Plutôt qu'une posture d'opposition frontale à une contrainte extérieure, l'artiste reprend l'initiative : il se retranche lui-même un fragment de corps. La censure subie devient césure choisie — geste maîtrisé qui transforme la contrainte en don.
L'opération est philosophique avant d'être politique. La censure suppose une instance extérieure qui décide ce qui doit disparaître. La césure, héritée de la versification poétique, est une décision intérieure qui rythme le vers en l'interrompant volontairement. CEnSURE confond les deux opérations : ce qui aurait pu être imposé est ici choisi. Le corps devient le lieu où création, responsabilité et liberté se construisent par l'acte plutôt que par la seule déclaration.
LA VENTE COMME ŒUVRE
L'œuvre est proposée à la vente réelle, à un prix coté. L'intégralité du montant sera reversée à sept projets humanistes engagés pour la liberté — des projets que l'artiste n'a pas encore nommés, et ne nommera pas avant la vente. La sélection est précisément le travail de recherche que la transaction rendra possible et nécessaire.
La vente n'a pas encore eu lieu. Ce report n'est pas un échec du dispositif — il est constitutif. L'attente fait partie de l'œuvre. Tant que CEnSURE n'est pas vendue, les sept projets restent en suspens, et le geste initial du prélèvement reste interrogatif. La transaction transformera la césure subie par l'artiste en démultiplication d'actes concrets dans le monde.
La pièce circule d'exposition en exposition depuis 2020, dans un réseau de lieux institutionnels et de galeries européennes, en attendant l'acquéreur qui acceptera la responsabilité du don différé.
LA MULTIPLICATION
La séparation initiale n'est pas envisagée comme une perte. C'est une multiplication : à partir d'une unité dissociée se déploieront des actions concrètes, coopératives, plurielles. Le chiffre sept n'est pas symbolique mais opératoire — il dit qu'à partir d'un fragment retranché peuvent naître plusieurs gestes, sans hiérarchie entre eux.
Cette logique du un qui devient sept inverse le mouvement habituel de la valeur marchande : ce qui est retranché ne disparaît pas dans l'économie, il s'y multiplie. L'œuvre dépend d'un dispositif où la perte initiale produit l'action future. Là où la plupart des œuvres conservent leur valeur en restant intactes, CEnSURE n'acquiert sa valeur qu'en se dispersant en actes.
L'INVITATION NERO GALLERY
CEnSURE naît d'une invitation précise. La Nero Gallery à Rome propose à plusieurs artistes de répondre au thème de la censure. La plupart des contributions iront vers une opposition frontale : dénonciation des régimes, défense des libertés d'expression, démonstration des mécanismes d'effacement.
L'artiste choisit un autre déplacement. Plutôt que de critiquer la censure depuis l'extérieur, il en accomplit lui-même la version retournée : il se censure, mais le décide. La pièce a été présentée à Rome en 2020 lors de l'exposition originale, puis a circulé dans plusieurs galeries européennes. À chaque exposition, la même question est implicitement posée au public : qui parmi vous est prêt à transformer ce geste en sept gestes ?

2024 — Espace Canopy, Louis Dimension Gallery, Lille, France
ŒUVRES
Une seule pièce, présentée ici sous différents angles et dans plusieurs contextes d'exposition. Format final 25,5×25,5 cm. Pièce unique, en circulation depuis 2018.
EXPOSITIONS
2024 — Musée Labenche, Chapelle Saint-Libéral, Brive, France
2024 — Espace Canopy, Louis Dimension Gallery, Lille, France
2023 — Hohenthal Und Bergan Gallery, Berlin, Allemagne
2022 — Spazio San Vidal, Venise, Italie
2021 — Galerie 18bis, Paris, France
2020 — Nero Gallery, Rome, Italie
PLACE DANS L'ÉCOSYSTÈME
CEnSURE est une pièce antérieure au tronc, branche restée ouverte sous sa forme primitive et jointe à sa propre racine, dont la création du tronc révèle la filiation par lecture rétrospective : elle incarne l'absurde de la liberté en prenant le corps comme matière irréversible et comme engagement réel. Elle dialogue avec LIbrE sur l'abandon du contrôle — mais là où LIbrE invite d'autres corps à inscrire leur liberté sur celui de l'artiste, CEnSURE opère seul, dans un geste de dissociation délibérée. Elle dialogue avec SEPPUKU sur l'irréversibilité de l'acte, mais où SEPPUKU redistribue par la destruction, CEnSURE redistribue par le prélèvement — transformer ce qu'on retranche en démultiplication d'actions. Elle dialogue avec O Μινώταυρος sur le sacrifice du corps comme terrain de la pensée, mais où O Μινώταυρος confronte la mort et le deuil, CEnSURE fait du geste corporel une initiative politique et éthique.
RÉCAP FINAL
CEnSURE — 2018, série fermée. Une seule pièce : lobule gauche d'oreille de l'artiste dans flacon de verre, encadrement éclairé, 25,5×25,5 cm. Œuvre à vendre, intégralité reversée à sept projets humanistes engagés pour la liberté. La vente n'a pas encore eu lieu — l'attente est constitutive du dispositif. Présentée dans six galeries européennes de 2020 à 2024.
DOSSIER SPÉCIFIQUE
MICRO-RÉFÉRENCE FICUS

Ficus macrophylla monumental de Giardino Garibaldi, piazza marine à Palermo.







