inTIME2
? IRIMI
inTIME2 procède de deux origines. Du tronc LOst-It, dont elle hérite le prélèvement dans Le Mythe de Sisyphe et la logique d'édition de poche. De la Branche inTIME, ouverte en 2017 sur l'Anthropocène, dont elle reprend le sujet et le principe d'une œuvre exposée dont la survie dépend d'une décision qui n'appartient pas à l'artiste. C'est le premier cas, dans l'écosystème, d'une Branche qui naisse du tronc et de la reprise d'une Branche antérieure.
inTIME2 est une Branche d'œuvres uniques : un paysage, un tronçon, un froissement, une peinture. À l'intérieur de la série, un ensemble peut fonctionner autrement — un même paysage repris sous plusieurs états de froissement croissant, montré d'un seul tenant. Unique ou prise dans un tel ensemble, chaque œuvre reste autonome : elle porte son numéro d'inventaire, son numéro dans le corpus des 12 000, son livre et son marteau, et peut être acquise seule.
Ce que la reprise déplace tient en trois points. La fabrication passe par Camus : le paysage photographié reçoit un tronçon du Mythe de Sisyphe avant d'être froissé, et ce tronçon revient en rouge dans la peinture. Le moyen de l'altération devient un objet exposé : un marteau par œuvre, accroché au mur à côté d'elle, à hauteur de main. Et l'économie s'inverse : inTIME reverse un tiers de toute vente à une association écologique ; inTIME2 ne la finance que si l'altération a lieu.
Ce qui ne change pas tient en une phrase, et vaut pour les deux Branches : l'œuvre invendue est altérée à la date prévue, puis remise au mur. Elle y demeure, marquée, et reste en vente.
L'exposition n'est donc pas un accrochage mais une installation performée : les œuvres changent d'état pendant qu'elle a lieu. Peinture en devenir.
LECTURE SÉMANTIQUE
inTIME. Le titre garde sa double lecture. In time, à temps, la question du délai. Intime, ce qui touche au dedans, la question de l'attachement. Les deux se prononcent d'un même souffle.
Le 2. Il ne numérote pas une suite. Il marque un second passage sur le même terrain, avec un outil devenu autre. Sisyphe redescend et remonte : c'est le même chemin, ce n'est jamais le même pas.
Le prélèvement. Deux régimes coexistent dans le corpus. Le régime courant de LOst-It découpe Le Mythe de Sisyphe dans l'ordre de lecture, en tronçons calibrés sur le format du post-it : la coupe tombe où elle tombe, en pleine phrase s'il le faut. C'est celui des œuvres présentées ici — « d'immeubles qui s'était tué, on me disait », page 19. Le second régime prélève ailleurs dans le livre un tronçon choisi pour l'œuvre qu'il vient éclairer.
Dans les deux cas la coupe demeure lisible comme coupe : le tronçon s'ouvre sur un débris de phrase, et ce qui le précède reste dans le livre. La Branche tient les deux régimes.
? IRIMI. Le sous-titre pose un principe et une question.
IRIMI est un fondamental de l'aïkido : l'action positive d'entrer dans le centre d'aite — le partenaire, jamais l'adversaire. « L'idéogramme iri exprime l'idée de passer l'entrée de la maison, d'y pénétrer de soi-même ou d'y être invité. L'idéogramme mi donne l'idée de l'enfant dans le ventre de sa mère, avec le sens de plénitude. Irimi : mettre son corps dans le corps de l'adversaire. » (Maître Nobuyoshi Tamura.)
Quatre conditions rendent IRIMI possible. SHISEI, la posture. KOKYU, la respiration. KAMAE, la préparation. MA AI, la distance.
Ce que la Branche nomme IRIMI est son propre mouvement : son propos et son processus, pas un élément du tableau.
L'adversité n'est pas le paysage. Elle est notre rapport au paysage, et l'absurdité d'un modèle économique que nulle morale ne vient rejoindre. Beaucoup s'y opposent, s'engagent, luttent — et l'ordre tient quand même. C'est là que l'absurde se tient : dans l'écart entre ce qui est réellement entrepris et ce qui demeure.
Là où la série pourrait critiquer à son tour, elle se déplace et pose une question. Le déplacement est l'entrée, la question est le déséquilibre.
Rien n'y est disposé pour abattre une pensée. Tout y est disposé pour que chacun tienne la sienne, et puisse se demander ce qu'il reconduit.
Le point d'interrogation reste ouvert — entrer, oui, avec quelle posture, quel souffle, quelle préparation, quelle distance ? Chaque étude repose la question et aucune n'en donne la réponse d'avance.
Référence : Didier Allouis, chargé d'enseignement national de l'Aïkido, FFAB.
LE PROTOCOLE
Chaque étude d'inTIME2 suit la même chaîne de fabrication.
1. Un paysage est photographié.
2. La photographie est imprimée.
3. Un tronçon du Mythe de Sisyphe d'Albert Camus est inscrit à la main sur le tirage, au marqueur noir.
4. La feuille est froissée.
5. La feuille froissée devient le modèle d'une peinture à l'huile.
6. L'inscription est reprise à la peinture rouge — continuité du fil d'Ariane apparu dans O Μινώταυρος.
Une œuvre, un froissement, une peinture. Le froissement décliné par étapes successives — chaque état devenant le modèle d'une peinture, l'ensemble formant un polyptyque — est une variation du protocole, pas sa règle.
PROJET EN COURS (2026)
Cinq huiles sur bois encadrées, cinq marteaux muraux. Un même paysage d'orage, froissé par étapes successives : chaque état devient le modèle d'une peinture. C'est une série à l'intérieur de la série — montrée d'un seul tenant, vendue œuvre par œuvre. L'accrochage montre les formats alignés dans l'ordre de froissement de la feuille d'origine, du premier état au dernier. L'œuvre 1 est la sentinelle, frappée la première si elle n'est pas vendue.
Inventaire : 1294, 1295, 1296, 1297, 1298 — œuvres 91 à 95 du corpus des 12 000. Huile sur bois encadrée, 40 × 20 cm, livre et marteau.
Tronçon peint en rouge, identique sur les cinq : « d'immeubles qui s'était tué, on me disait » — Le Mythe de Sisyphe, Folio, p. 19.
Cadres, tranches et marteaux d'un même gris mat. Le marteau ne représente pas la menace, il la rend disponible : il est à hauteur de main, à côté du tableau, et il fonctionne. Il est vendu avec l'œuvre, altérée ou non, et reste ce qu'il est : un outil. Il peut détruire ; il peut aussi construire, réparer, protéger. C'est cette ambivalence qui est accrochée au mur.

inTIME2, mise en situation de l'accrochage — en cours d'élaboration, 2026.
Protocole d'exposition et d'altération
L'exposition est une installation qui se joue dans la durée. Les tableaux ne sont pas seulement accrochés : ils passent d'un état à un autre pendant que l'exposition a lieu. Ce que le visiteur voit le premier jour et ce qu'il verrait le dernier ne sont pas les mêmes œuvres. Peinture en devenir.
Chaque œuvre dispose d'un nombre de jours pour être vendue, proportionnel au nombre total d'œuvres et de jours d'exposition. Trente jours pour dix œuvres donnent trois jours à chacune.
Ce délai écoulé, la galeriste :
1. frappe l'œuvre correspondante avec son marteau — altération physique irréversible ;
2. remet l'œuvre et le marteau à leur place.
La forme d'exécution du geste, publique ou hors public, appartient à la galeriste. L'œuvre altérée reste au mur et reste en vente, au nouveau prix, jusqu'à la clôture. Les altérations se succèdent dans l'ordre du froissement croissant.
La galerie signe le protocole en qualité de partenaire de l'œuvre. Le geste lui est confié, il ne lui est pas imposé : l'accord porte d'abord sur le constat écologique qui fonde la série.
Altérée et invendue, l'œuvre retourne à l'atelier et sera remontrée telle quelle : la marque fait partie d'elle. Ce qui a été frappé peut-il être repris pour en faire autre chose ? La question reste ouverte.
Protocole économique
Avant altération — le prix est celui de la liste de tarifs en vigueur au moment de l'exposition, variable selon le format. Il relève de la cotation de l'artiste, fixée en amont et indépendante de l'exposition.
Après altération — prix majoré de 50 %. La majoration va intégralement à une association écologique.
Pour une œuvre à 1 500 € : 750 € galerie, 750 € artiste. Altérée, 2 250 € : 750 € galerie, 750 € artiste, 750 € association écologique. Liste de tarifs complète sur demande.
L'artiste et la galerie perçoivent le même montant avant et après altération. La destruction ne leur rapporte rien : l'artiste refuse de spéculer sur sa propre destruction.
L'association écologique n'est financée que si l'altération a lieu. Le dispositif reproduit ce qui a cours : on attend, on attend, on attend, et l'on accepte à tour de bras des financements de réparation pour sauver ce qu'on a laissé détruire.
Le protocole ne tranche pas. Il pose la question devant l'œuvre, pendant les jours où elle est encore intacte : n'est-il pas préférable d'acheter avant ? C'est le point d'interrogation du sous-titre, reporté sur l'économie. Entrer, oui — mais quand ?
Le délai est court et il est public. Chacun sait combien de jours il reste, et chacun sait que les autres le savent aussi.
EXPOSITIONS
Aucune exposition à ce jour, projet en cours.
VERS LES ÉTUDES À VENIR
La série est ouverte. Chaque étude reprend la chaîne complète sur un paysage nouveau et un tronçon nouveau, et fait varier le nombre d'états.
Ce qui se cherche d'une étude à l'autre relève de MA AI. Combien d'états avant que le paysage cesse d'être lisible. À quel moment le froissement devient la forme même du paysage. Quelle distance tenir entre le peintre et ce qu'il traverse.
PLACE DANS L'ÉCOSYSTÈME
Branche née du tronc et de la reprise.
Du tronc LOst-It : le prélèvement dans Camus, la pagination, l'édition de poche. D'inTIME : l'Anthropocène et la survie conditionnelle de l'œuvre exposée. De O Μινώταυρος : le fil rouge, ici repris dans la peinture.
Filiations théoriques : Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe — Morihei Ueshiba, fondateur de l'aïkido, et Nobuyoshi Tamura pour la transmission d'IRIMI — Paul Ardenne, art contextuel et écologie — Olivier Hamant, robustesse du vivant.
Racines picturales : Robert Filliou, Roman Opalka, Pierre Soulages, Gérard Gasiorowski.
RÉCAP FINAL
Un paysage photographié. Un tronçon du Mythe de Sisyphe écrit dessus à la main. La feuille froissée. Le froissement peint à l'huile sur bois. Le tronçon repris en rouge. Un marteau au mur pour chaque œuvre.
En exposition, chaque œuvre dispose d'un nombre de jours pour être vendue. Ce délai écoulé, la galeriste frappe. L'œuvre reste au mur, altérée, en vente, majorée de moitié — et l'écologie n'est financée que par ce qui n'a pas été sauvé.
Se déplacer jusqu'à la position d'où la critique serait possible, et poser une question à la place : ? IRIMI.
Produire, distribuer, échanger, consommer. Une économie peut-elle aussi garder ?
DOSSIER SPÉCIFIQUE
MICRO-RÉFÉRENCE FICUS
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Ficus macrophylla, Giardino Garibaldi, Palerme. Ses branches laissent tomber des racines qui, touchant le sol, deviennent des troncs. L'arbre ne pousse pas seulement vers le haut : il se refait par le bas. Photo : Giuseppe ME, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.










