LIbrE
? Liberté
LIbrE est une branche structurelle de l'écosystème, reconnectée au tronc LOst-It en 2022. Depuis 2017, sept performances ont rassemblé quatre-vingt-trois personnes qui ont tatoué le corps de l'artiste — sans thème imposé, sans forme prescrite, sans retour possible. Une archive démocratique de quatre-vingt-trois vérités individuelles qui coexistent sans hiérarchie sur un même corps.
LECTURE SÉMANTIQUE
LIbrE : L(maj)I(maj)b(min)r(min)E(maj). Les majuscules extraient L, I, E → LIE. Opération : extraction. Trois sens simultanés convergent dans ce seul mot.
LIE en français : le lien — ce qui attache, ce qui relie. Les quatre-vingt-trois participants inscrits sur le corps de l'artiste exercent leur liberté dans un rapport direct à l'autre, au groupe, au corps commun. Leur geste libre produit un lien irréversible.
LIE en français : la lie — le dépôt, ce qui reste au fond. Les tatouages sont ce qui demeure du geste une fois la performance passée : le résidu permanent de la liberté exercée.
LIE en anglais : le mensonge. La culture scolaire enseigne que la liberté c'est faire ce que l'on veut — elle associe la liberté au désordre, à l'individu affranchi de tout. C'est ce mensonge que LIBRE porte en lui et expose : LIBRE contient LIE, la liberté contient son propre mensonge fondateur.
La série répond à ce mensonge par une vision proudhonienne et camusienne de la liberté : non l'affranchissement de l'autre, mais la liberté vécue avec et par le groupe, en plaçant le collectif en première partie du moi. Les quatre-vingt-trois participants ne sont pas libres malgré leur rapport à l'artiste — ils sont libres dans ce rapport, et c'est ce rapport qui constitue la liberté.
? Liberté — le sous-titre pose directement la question que LIE a déjà empoisonnée. Le ? est ici essentiel : la liberté n'est pas une certitude, c'est une question que chaque geste inscrit sur le corps tente de répondre.
LE DISPOSITIF
Une performance LIbrE se déploie dans la durée d'une après-midi ou d'une soirée. Douze personnes — parfois inscrites à l'avance, parfois invitées sur place — entrent à tour de rôle dans le dispositif. Un tatoueur professionnel est présent en supervision hygiénique : il prépare la peau, change les aiguilles, vérifie l'asepsie. Mais il n'intervient ni sur le motif, ni sur la durée, ni sur la zone. Le participant choisit lui-même ce qu'il inscrit — un mot, un signe, un dessin, un symbole — dans l'encre noire ou blanche mise à disposition.
Le bras gauche de l'artiste, sa peau, sa fatigue accumulée à mesure que les inscriptions se superposent : c'est tout le dispositif. Aucune zone refusée, aucun motif censuré. Aucun retour en arrière possible — chaque tatouage est définitif. La performance dure jusqu'à ce que les douze participants soient passés.
Au fil de sept performances, le bras gauche s'est progressivement saturé. La capacité physique du corps est devenue elle-même la limite. Quatre-vingt-trois personnes y ont laissé leur trace, dans leur graphie, leur langue, leur niveau de maîtrise du geste — du calligraphe au novice.
LES 83 INSCRIPTIONS
Les quatre-vingt-trois inscriptions superposées forment une archive démocratique. Aucune n'est plus importante qu'une autre. Aucune n'a été choisie par l'artiste. Le mot ABSURDE revient plusieurs fois — en français, en cyrillique, en signes manuscrits — sans qu'aucun accord préalable n'ait existé. Ce que le dispositif produit sans consigne révèle ce que les participants ont en commun : chacun, à son tour, répond à la même question avec ses propres mots, sa propre culture, sa propre maladresse ou maîtrise.
Le corps de l'artiste devient stratigraphie vivante. À distance, les inscriptions se brouillent et se mêlent. De près, chacune raconte sa singularité. La somme ne forme pas une œuvre composée : elle forme une coexistence.
DISTINCTION
LIbrE se distingue de deux autres séries où le tatouage est aussi acte participatif.
Dans conPASSION (2012), le geste est ritualisé et réciproque : douze participants tatouent à tour de rôle leur présence sur le corps de l'artiste à l'encre piquée par fleurs de cerisier, et l'artiste tatoue en retour trois d'entre eux. La compassion devient circulation : chaque trace appelle une réponse.
Dans GRAFF (2015), la participation s'exerce d'abord sur une toile collective de vingt mètres exposée trois mois dans une ancienne prison, et c'est un tatoueur professionnel qui sélectionne ensuite un graffiti pour le transcrire sur le corps de l'artiste. La participation est différée, médiatisée, choisie.
Dans LIbrE, rien ne médiatise. La main du participant rencontre directement la peau de l'artiste, sans délai, sans sélection, sans retour possible. La liberté n'est pas dans le geste de l'artiste — elle est entièrement et irréversiblement déléguée à l'autre.

Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Paris, France — 2025
ŒUVRES
Trois performances documentent la série. Toutes prennent la même forme : douze inscriptions libres sur le bras gauche de l'artiste, encadrement hygiénique par un tatoueur professionnel, durée d'une demi-journée.
EXPOSITIONS
2025 — Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Paris, France
2024 — Musée Labenche, Chapelle Saint-Libéral, Brive, France
2023 — École d'Art, Riom, France
2022 — 100 ECS, Paris, France
2020 — Nero Gallery, Rome, Italie
2018 — Galerie Initio, Toulon, France
2017 — Galerie 18 Bis, Paris, France
PLACE DANS L'ÉCOSYSTÈME
LIbrE est une branche structurelle reconnectée au tronc LOst-It en 2022. Née en 2017 comme exploration de la liberté par le renversement émetteur/récepteur dans la performance participative, elle dialoguait alors avec AVEC, JE SUIS UNE PUTE et GRAFF sur la co-écriture. Reliée au tronc, elle a révélé que l'absurde camusien passe par le corps : la liberté véritable ne se manifeste qu'en acceptant de se rendre poreux à l'autre, en abandonnant le contrôle de son image. La série prolonge la question fondatrice — nous devons-nous d'être libérés de nous-mêmes — en l'inscrivant définitivement sur la peau.
RÉCAP FINAL
LIbrE — depuis 2017, série évolutive. Sept performances participatives. Quatre-vingt-trois tatouages définitifs sur le bras gauche de l'artiste. Toutes inscriptions confondues : mots, signes, dessins, symboles. Présentée dans sept lieux européens depuis 2017.
DOSSIER SPÉCIFIQUE
MICRO-RÉFÉRENCE FICUS

Ficus macrophylla monumental de Giardino Garibaldi, piazza marine à Palermo.












