VANITÉ
? Ensemble
VANITÉ est une racine profonde de l'écosystème, réalisée entre 2013 et 2017. Cinquante-six peintures à la graphite et acrylique sur lin, formats du 73×54 cm au 200×125 cm. La série invite chaque visiteur de l'atelier à poser pour un portrait photographique, qui devient le modèle d'une peinture à la graphite réalisée par l'artiste. Puis le processus se retourne : le modèle prend les outils pour parfaire son propre portrait — ce qu'il voit de lui-même, ce qu'il veut révéler ou effacer.
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LECTURE SÉMANTIQUE
VANITÉ — entièrement en majuscules. Opération : réhabilitation. La vanitas en histoire de l'art désigne la tradition néerlandaise des natures mortes avec crâne, sablier et objets périssables — méditation sur la futilité de l'orgueil et l'inévitabilité de la mort. Ici, la série réhabilite le mot : ce que la tradition condamnait comme orgueil — se regarder, se représenter, reprendre autorité sur sa propre image — devient un acte de justice. La vanité n'est plus une faute morale. C'est un droit.
? enSEMBLE — e(min)n(min)S(maj)E(maj)M(maj)B(maj)L(maj)E(maj). Opération : emboîtement. Le mot entier se lit ensemble — ensemble, co-construction, l'artiste et le modèle sur la même toile. Mais à l'intérieur d'ensemble, les majuscules extraient SEMBLE — ce qui apparaît, ce qui semble être. La tension est précise : ce que l'on fait ensemble (ensemble) n'est pas une vérité objective mais une apparence (semble), un semblant d'image partagée. Qui semble être qui ? Ce que l'artiste a peint semble être le modèle — jusqu'à ce que le modèle intervienne et que le semblant bascule.
? — le point d'interrogation maintient l'ouverture. Peut-on vraiment être ensemble sur une même image ? Peut-on partager la vérité d'un visage ?
LE DISPOSITIF
VANITÉ invite tous les visiteurs de l'atelier à poser pour un portrait photographique. La photographie devient le modèle d'une peinture à la graphite réalisée par l'artiste sur toile. La technique graphique est volontairement choisie : elle permet le repentir, l'effacement, la correction — contrairement à l'huile qui se sédimente. La peinture à la graphite est, par essence, modifiable.
Puis le processus se retourne. Le modèle est invité à prendre les crayons, les fusains et les gommes de l'artiste pour parfaire son propre portrait depuis sa propre perspective — ce qu'il voit de lui-même, ce qu'il veut corriger, révéler, effacer ou accentuer. Aucune contrainte ne lui est imposée : ni de temps, ni de technique, ni d'intention. La même surface qui a reçu le regard de l'artiste reçoit maintenant celui du modèle. Chacun peut tout faire — y compris tout effacer.
LA RÉHABILITATION DE LA VANITAS
La tradition de la vanitas en peinture du XVIIe siècle néerlandais — crâne, sablier, livre, bougie, bulle de savon — fonctionnait comme avertissement moral. L'image rappelait au regardeur que toute possession est éphémère, que l'orgueil est péché, que la mort viendra. La vanité humaine y était condamnée — se regarder, se représenter, valoriser son image était une faiblesse spirituelle.
VANITÉ inverse cette condamnation. La série ne dit pas que se regarder est une faute. Elle dit que se regarder est un droit. Et plus encore : que ce droit appartient au sujet du regard, non au peintre qui le contemple. Quand le modèle prend les outils de l'artiste pour modifier son portrait, il ne commet pas un acte d'orgueil — il exerce une autorité légitime sur sa propre image.
La réhabilitation n'est pas une provocation. Elle prend acte du fait que la tradition picturale a longtemps considéré le modèle comme matière passive offerte au regard du peintre. VANITÉ corrige : chacun porte en lui une vérité que personne d'autre ne peut peindre. La série crée les conditions pour que cette vérité puisse s'inscrire, quelle qu'en soit la forme.
LE RETOURNEMENT DE LA MAIN
Le geste central de VANITÉ est minuscule et radical : l'artiste pose ses outils. Le crayon, le fusain, la gomme — qui étaient dans sa main pendant des heures — quittent ses doigts. Il les place sur la table à côté de la toile. Et il fait signe au modèle.
Ce moment ne dure que quelques secondes. Mais il opère le retournement qui définit la série. Avant : l'artiste tient les outils, le modèle attend en pose. Après : le modèle tient les outils, l'artiste s'efface. Aucun mot n'est nécessaire — le geste suffit.
Ce que fait le modèle ensuite varie selon les portraits. Certains modèles tracent une fine correction sur un trait du visage. D'autres ajoutent un détail manquant — un grain de beauté, une mèche, un accessoire. D'autres encore effacent largement, recommencent partiellement, ou recouvrent. Quelques-uns ne font rien. Toutes ces options sont valides. Le retournement de la main suffit à ce que la signature soit partagée — peu importe ce qui suit.

2013 — Manoir Saint Félix, Rodez, France
ŒUVRES
Cinquante-six peintures à la graphite et acrylique sur lin, formats du 73×54 cm au 200×125 cm. Sélection présentée ici, du portrait initial peint par l'artiste à différents stades d'intervention du modèle.
EXPOSITIONS
2013 — Manoir Saint Félix, Rodez, France
PLACE DANS L'ÉCOSYSTÈME
VANITÉ est une racine profonde qui pose la question de l'auto-représentation et du droit au regard sur soi. Elle dialogue avec AVEC sur la co-construction de l'œuvre — mais là où AVEC partage l'espace pictural entre deux présences égales (moitié peinte / moitié libre), VANITÉ le restitue entièrement au modèle, l'artiste n'étant que le passeur initial. Elle dialogue avec DÉSIRE sur la relation entre l'artiste et le modèle, mais où DÉSIRE noue cette relation dans le désir charnel, VANITÉ la traverse par la question de l'image et de son autorité. Elle nourrit le tronc en révélant que LOst-It libère le créateur du souci de la représentation : chaque Post-it peint n'a besoin d'aucune validation externe, d'aucun modèle à restituer.
RÉCAP FINAL
VANITÉ — 2013-2017, série fermée. Cinquante-six peintures à la graphite et acrylique sur lin, formats du 73×54 cm au 200×125 cm. Protocole : portrait initial peint par l'artiste, retournement de la main, intervention libre du modèle (correction, ajout, effacement, recouvrement, ou rien). Présentée au Manoir Saint Félix, Rodez, 2013.













