yuBITsUME
? Éthique
yuBITsUME est un bourgeon de l'écosystème. Six peintures et un tatouage préparatoires sont en place ; l'installation complète attend la collaboration à la hauteur de son exigence. Le projet engage le corps de l'artiste comme garant physique de sa parole donnée : si le collectionneur choisit le prix indécent proposé, l'artiste se tranche la première phalange du petit doigt droit, dont la ligne de découpe est déjà tatouée.
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LECTURE SÉMANTIQUE
yuBITsUME — le mot japonais yubitsume (指詰め) recomposé pour faire apparaître un second mot. Opération : double repentir.
Le premier mot à lire : yubitsume — le rituel, le doigt, la coupe.
Le second mot à lire : BITUME — la couleur picturale. Le brun bitume, ou asphaltum, utilisé depuis des siècles pour les repentirs en peinture, est une substance chimiquement instable qui ne sèche jamais complètement. Dans le temps, elle crée des aberrations — des formes non prévues surgissent, la toile se déforme, le repentir du peintre produit de nouveaux accidents.
Repentir : le mot français désigne à la fois la correction du peintre sur sa toile et l'acte moral de reconnaître une faute. yuBITsUME tient les deux simultanément.
yu : le doigt. BITUME : le repentir instable, celui qui crée autant de problèmes qu'il en corrige. sUME : de tsume, couper, trancher, raccourcir. Le mot contient sa propre opération : nommer le doigt, nommer le repentir, nommer la coupe.
? Éthique — le sous-titre nomme ce que le rituel engage : non une esthétique du sacrifice, mais la question de ce qu'on doit physiquement à sa parole donnée.
LE DISPOSITIF
L'installation comprend quatre éléments solidaires.
Un tatouage en ligne de découpe sur la première phalange du petit doigt droit de l'artiste — exécuté en 2019, déjà en place, irréversible. Une sculpture en bronze du bras, placée au centre de la salle. Sur les quatre murs, quatre grands formats à l'huile du même bras, les repentirs traités au brun bitume, dont l'instabilité chimique produira dans le temps des aberrations non voulues. Et un dispositif de prix duel.
Deux prix sont proposés à l'acquéreur potentiel : la cotation de l'artiste, environ 12 000 €, et un second indexé au SMIC horaire, environ 2 000 €. Le collectionneur choisit. S'il choisit le prix indécent, l'artiste manque à sa parole — il se tranche la phalange, coupe la même sur la sculpture en bronze, efface les mêmes phalanges sur les quatre toiles. Le projet attend la collaboration à la hauteur de cet engagement.
LE RITUEL DU YUBITSUME
Le rituel du yubitsume réintroduit précisément ce que nous avons perdu : la responsabilité physique de la parole donnée. Né dans la culture samouraï, transmis aux bakuto — ces samouraïs devenus joueurs itinérants après l'interdiction de porter les armes en 1876 sous l'ère Meiji — et hérité par les yakuzas, il pose un principe simple : manquer à sa parole a un prix sur le corps. Affaiblir sa prise sur le katana, c'est engager sa vie entière. Mais c'est aussi une seconde chance — le corps paie, et on continue.
Aimé Césaire le démontrait dans son Discours sur le colonialisme : en déshumanisant l'autre, en le réduisant au rang d'objet, le colonisateur finit par se déshumaniser lui-même. yuBITsUME étend ce constat au corps social contemporain. Nous ne sommes plus des corps — ni dans notre rapport au marché, ni dans la manière dont nos responsables économiques et politiques rendent compte de leurs actes. Un actionnaire peut licencier des milliers de personnes pour augmenter ses profits sans que son corps soit jamais engagé. En objectivant les autres, il s'est lui-même objectivé — et peut-être sa conscience avec. Le yubitsume répond à cette désincarnation par sa forme la plus directe.
CE QUI N'A PAS ENCORE EU LIEU
Le projet est à un stade précis. Le tatouage est exécuté depuis 2019, gravé sur la peau en ligne de découpe précise. Six peintures préparatoires existent, dont une grande pièce huile et sang sur lin. La sculpture en bronze, les grands formats aux repentirs au bitume, et l'installation complète attendent une exposition et un acquéreur.
Ce qui n'a pas encore eu lieu, c'est la décision. La performance ne s'enclenche qu'au moment où un collectionneur entre dans le dispositif et choisit l'un des deux prix. Tant que ce moment n'arrive pas, le tatouage reste une menace, la phalange reste entière, la parole reste intacte. yuBITsUME existe entièrement dans cette attente — il n'est pas une œuvre déjà accomplie qu'on présenterait, c'est une œuvre suspendue à un acte futur.
Cette suspension est constitutive. Si la collaboration arrive, le projet se résout par un geste irréversible. Si elle n'arrive jamais, le projet reste tatouage et préparation. Dans les deux cas, la question éthique est posée. Le tatouage seul est déjà une réponse.

1015 · yuBITsUME · 2019 · tatouage · Olivier
ŒUVRES
Six peintures préparatoires et un tatouage. Sélection des éléments existants présentés ici. Le dispositif complet (sculpture bronze, grands formats aux repentirs, installation) sera produit à l'exposition.
EXPOSITIONS
Projet en attente. Le tatouage préparatoire (2019) a circulé sur le corps de l'artiste lors de plusieurs expositions où il a été montré comme élément annonciateur, sans déclencher la performance.
PLACE DANS L'ÉCOSYSTÈME
yuBITsUME pose la question de la responsabilité physique comme fondement de l'éthique. Elle dialogue avec SEPPUKU sur l'irréversibilité du geste corporel, mais là où SEPPUKU est une appropriation artistique d'un rituel par le tiers (le spectateur lance la fléchette), yuBITsUME engage réellement le corps de l'artiste comme garant — c'est lui qui se tranche, pas un autre à sa place. Le projet n'est pas encore réalisé parce que son exigence est totale. Elle dialogue avec dOUTe sur la valeur marchande de l'art, mais là où dOUTe interroge sans trancher, yuBITsUME tranche s'il le faut. Elle nourrit le tronc en révélant que LOst-It est aussi une parole donnée — douze mille peintures promises à une humanité entière sur un siècle, un engagement dont le corps de l'artiste est le seul garant.
RÉCAP FINAL
yuBITsUME — depuis 2019, bourgeon en projet. Six peintures préparatoires (dont huile et sang sur lin 73×92 cm) et un tatouage en ligne de découpe sur la première phalange du petit doigt droit. Installation complète à produire avec sculpture bronze et quatre grands formats huile aux repentirs au brun bitume. Dispositif de prix duel (≈ 12 000 € ou ≈ 2 000 € SMIC horaire). Si le prix indécent est choisi, la phalange est tranchée.












