DESIRE
? Désir
DÉSIRE est une racine profonde de l'écosystème, réalisée entre 2013 et 2015. Quarante-trois peintures à l'huile sur lin et un tatouage. La série prend le désir comme moteur déclaré du portrait — tous désirs confondus, romantique, charnel, intellectuel, amical. Chaque modèle intervient ensuite sur son portrait selon trois registres : couleur libre, écriture dans une zone vierge, et autoportrait écrit marouflé invisible au dos de la toile.
Voir la page Démarche →
LECTURE SÉMANTIQUE
DÉSIRE — opération : pivot. DÉSIR est le substantif, le concept abstrait — la force, l'élan, ce qui pousse vers. L'ajout du E final transforme le nom en verbe conjugué (il désire, elle désire) et en prénom (Désirée) — le désir devient un acte, une présence, un sujet incarné. L'E final féminise le concept, lui donne un corps, une singularité. Ce qui était une force abstraite devient quelqu'un.
Le bouddhisme affleurant dans le tatouage ajoute une strate critique : dans la pensée bouddhiste, le désir (tanha) est la racine de la souffrance. Le nœud sans fin — symbole de l'interdépendance de toutes choses — représente aussi le cycle sans fin du désir et de son insatisfaction. La série ne résout pas cette tension : elle l'inscrit dans le corps, permanent.
? Désir — le sous-titre maintient le substantif là où le titre a déjà opéré le pivot. Le ? demande : qu'est-ce que le désir ? La série répond que c'est à la fois un acte (désire), une présence (Désirée), et un nœud sans fin.
LE DISPOSITIF
DÉSIRE part du principe que chaque portrait naît du désir — celui de l'artiste pour le modèle, quelle qu'en soit la nature. Romantique, charnel, intellectuel, amical : tous désirs confondus. La série ne hiérarchise pas les formes de désir et ne les déguise pas. Elle les nomme.
L'artiste réalise des portraits à l'huile sur toile, engageant une relation directe entre sa perception du modèle et la représentation qu'il en fait. Le portrait est la trace picturale de ce désir, dans ce qu'il a de subjectif, partial, situé. Aucune objectivité prétendue — la peinture porte les marques du regard désirant qui la fait advenir.
LE TRIPLE REGISTRE
Chaque modèle peut ensuite parfaire son portrait selon trois registres distincts qui structurent le dispositif.
Le registre physique. Le modèle choisit une couleur et l'applique librement sur la surface, là où il le souhaite, sans restriction de zone ni de forme. La couleur est sa marque visible — un choix chromatique qui contre, accompagne, ou détourne la palette de l'artiste.
Le registre émotionnel. Une zone est laissée volontairement vierge dans le portrait initial — invitation à y inscrire librement ce qui ne peut pas se peindre, sous n'importe quelle forme choisie par le modèle. Texte, dessin, signe, calligraphie : le registre est ouvert, mais sa fonction est précise — dire ce qui échappe à la peinture.
Le registre invisible. À ces deux interventions visibles s'ajoute la réalisation d'un autoportrait écrit par le modèle lui-même, marouflé au dos de la toile. Le texte est invisible au regard du visiteur mais présent dans l'épaisseur de l'œuvre. Le modèle décrit qui il est en mots, et ce texte voyage avec la peinture comme strate cachée. Le portrait visible coexiste désormais avec un autoportrait invisible — deux vérités superposées, l'une donnée par le désir de l'artiste, l'autre par la parole propre du modèle.
LE TATOUAGE BOUDDHIQUE
Le tatouage associé à la série naît d'une invitation faite au tatoueur de l'artiste d'intervenir librement sur son corps en réponse au sujet du désir. Le tatoueur est venu questionner la toile en cours et observer le travail de la série, puis chacun a achevé son propre projet de son côté, sans concertation.
Ce qui a été ajouté indépendamment par l'un et par l'autre porte, de façon inattendue, des éléments liés au bouddhisme. Le nœud sans fin en encre noire sur le corps de l'artiste — symbole de l'interdépendance infinie et du cycle sans fin. En dessous, une tête de mort tatouée en encre blanche, à peine visible. Désir et mort superposés sur le même corps : ce qui anime repose sur ce qu'il dissimule.
La convergence n'a pas été décidée. Aucun des deux n'avait demandé au bouddhisme de structurer le tatouage. Pourtant, la rencontre des deux pratiques — celle du tatoueur, celle de l'artiste — a produit un même cadre référentiel. Cette convergence non concertée constitue la dimension la plus singulière du tatouage. Le désir comme moteur de la série a trouvé, dans le corps de l'artiste, son propre commentaire critique sans qu'il soit prémédité.

2014 — Espace Jules Vallès, Saint Martin d'Hères, France
ŒUVRES
Quarante-trois peintures à l'huile sur lin, formats variés du 92×73 cm au 195×910 cm. Plus un tatouage sur la poitrine. Sélection présentée ici, avec mention des interventions du modèle quand connues.
EXPOSITIONS
2024 — Louis Dimension Agency, Lille, France
2023 — GENOLIMIT, Paris, France
2023 — Galerie 18bis, Paris, France
2016 — Galerie Avenue des Arts, Hong Kong, Chine
2016 — Les Abattoirs, Riom, France
2016 — Théâtre, Châtel-Guyon, France
2015 — Institut Français, Rome, Italie
2015 — Musée, Tournon-sur-Rhône, France
2015 — L'Épicerie d'Art, Chamalières, France
2014 — Galerie Avenue des Arts, Hong Kong, Chine
2014 — Galerie Art Traffik, Paris, France
2014 — Musée, Tournon-sur-Rhône, France
2014 — Musée dauphinois, Grenoble, France
PLACE DANS L'ÉCOSYSTÈME
DÉSIRE est une racine profonde qui pose la question du désir comme moteur de création et comme lien entre l'artiste et le modèle. Elle dialogue avec VANITÉ sur la représentation de soi — mais là où VANITÉ interroge l'autorité sur l'image, DÉSIRE noue cette question dans une relation charnelle et réciproque. Elle dialogue avec AVEC sur la co-construction de l'œuvre, mais là où AVEC partage l'espace pictural entre deux vérités symétriques, DÉSIRE part d'une asymétrie fondatrice : le désir de l'artiste pour le modèle est le point de départ, non le point d'arrivée. Elle dialogue avec INTIMATE sur la création dans l'intime, mais où INTIMATE garde tout entier et secret, DÉSIRE expose partiellement et inscrit le caché au dos de la toile. Elle nourrit le tronc en révélant que LOst-It transcende le désir : elle crée sans attendre de retour, répétant le geste pour le geste lui-même.
RÉCAP FINAL
DÉSIRE — 2013-2015, série fermée. Quarante-trois peintures à l'huile sur lin, formats du 92×73 cm au 195×910 cm, et un tatouage sur la poitrine de l'artiste (nœud sans fin et tête de mort blanche). Triple intervention du modèle : couleur libre, écriture dans une zone vierge, autoportrait écrit marouflé invisible au dos. Présentée dans treize lieux européens et asiatiques de 2014 à 2024.












