INO ONI
? Relation
INO ONI est une racine profonde de l'écosystème, réalisée entre 2011 et 2013. Trente peintures à l'huile sur lin et un tatouage. La série articule corps, écriture et image dans un protocole en quatre temps : autoportrait écrit du modèle, photographie après dénudement libre du haut ou du bas du corps, peinture à l'huile partiellement détruite par ponçage traversant, validation par un trait blanc apposé par le modèle.
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LECTURE SÉMANTIQUE
INO ONI — deux mots, trois lettres chacun. Opération : le miroir imparfait. INO et ONI partagent les mêmes lettres — I, N, O — dans un ordre inversé, presque palindromique. Le mot se retourne sans se refermer : il y a un écart, une légère dissymétrie qui empêche la symétrie parfaite. Ce n'est pas un reflet — c'est une réponse.
En japonais, oni (鬼) désigne aujourd'hui le démon, l'ogre, l'altérité radicale — mais le mot porte une histoire inversée : les plus anciennes sources le décrivent comme un esprit bienveillant, protecteur, avant que l'arrivée du bouddhisme au VIe siècle ne le bascule progressivement dans la figure du monstre. L'oni a été retourné par l'histoire comme INO est retourné en ONI — même matière, autre sens. Ino évoque quant à lui le sanglier, la puissance brute, le vivant non domestiqué. Les deux entités se font face sans se confondre.
? Relation — le sous-titre nomme l'espace entre elles : ni fusion, ni opposition, mais relation. La relation comme protocole, comme espace à construire entre l'artiste et le modèle, entre le corps dénudé et la peinture réalisée, entre l'autoportrait écrit et l'image peinte. Le modèle valide l'œuvre d'un coup de pinceau blanc — il entre dans la fabrication. La relation devient co-auctorité.
LE DISPOSITIF
INO ONI met en jeu quatre éléments : l'autoportrait écrit, le corps, l'image et le geste validant. Chaque visiteur de l'atelier est invité à réaliser un autoportrait écrit aussi juste que possible, engageant une relation directe entre parole, corps et image. Cette écriture vient en premier — avant la photographie, avant la peinture. Elle pose les conditions du portrait.
Le modèle dénude ensuite librement le haut ou le bas du corps selon son choix. Aucune obligation, aucune attente : le choix appartient entièrement au modèle, et la photographie qui suit ne fixera que la zone qu'il aura décidé de montrer. À partir de cette image, l'artiste réalise une peinture à l'huile.
Mais la peinture ne reste pas intacte. Elle devient volontairement éphémère par un ponçage traversant qui la détruit partiellement, introduisant les traces du texte écrit en première étape dans la matière picturale elle-même. L'autoportrait écrit est marouflé au dos de la toile. Un code relie les deux faces de l'œuvre, conjuguant perceptions du moment, image, texte, récit et émotion.
L'œuvre est enfin soumise au modèle, qui la valide par un dernier geste — un coup de pinceau blanc apposé librement. Sans ce trait, l'œuvre n'est pas achevée.
LE PONÇAGE TRAVERSANT
Le ponçage qui traverse partiellement la peinture finie n'est pas une opération de finition — c'est un geste constitutif de l'œuvre. La peinture à l'huile, une fois sèche, est volontairement attaquée par l'artiste avec un papier abrasif. La couche picturale s'use, se déchire, laisse apparaître la toile dessous, et avec elle les traces du texte qui avait été inscrit avant la peinture.
Ce ponçage n'est pas aléatoire. Il suit les lignes de force du portrait, traverse les zones où le modèle s'est dénudé, expose les écritures qui avaient été recouvertes. La peinture conserve sa lisibilité comme portrait, mais elle porte aussi visiblement sa propre destruction. L'éphémère devient matière.
Le geste se rapproche du repentir traditionnel en peinture, mais il l'inverse. Le repentir classique cherche à effacer une erreur, à corriger une intention. Le ponçage d'INO ONI ne corrige rien — il révèle. Il expose ce qui était caché sous la peinture, et il accepte que la peinture elle-même soit atteinte dans ce mouvement de révélation. L'éphémère n'est pas destruction, c'est acceptation que toute œuvre est vivante et mortelle.
LE COUP DE PINCEAU BLANC
Le dernier geste de la série appartient au modèle. Après le ponçage, après le marouflage de l'autoportrait écrit au dos, l'œuvre est soumise au modèle pour validation. Le modèle dispose d'un pinceau et de peinture blanche. Il choisit où poser son trait, comment, avec quelle ampleur.
Le trait blanc est une signature et plus qu'une signature. Il indique que le modèle accepte l'œuvre telle qu'elle est, avec sa peinture, son ponçage, son texte au dos. Il valide la transformation que l'artiste a opérée sur sa propre image. Sans ce trait, l'œuvre n'est pas considérée comme achevée.
L'opération est rituelle, mais elle est aussi politique. Aucune œuvre INO ONI n'est complète tant que le modèle ne l'a pas validée. L'artiste seul ne peut pas décider qu'un portrait est fini — il faut le consentement explicite, matériellement inscrit, de la personne qui s'y reconnaît. Le coup de pinceau blanc est ce consentement. Il est minuscule, parfois invisible à distance, mais il est constitutif.

2012 — Galerie Nicolas Deman, Paris, France
ŒUVRES
Trente peintures à l'huile sur lin poncée, formats variés (essentiellement 73×54 cm), avec autoportrait écrit marouflé au dos et trait blanc de validation du modèle. Un tatouage associé. Sélection présentée ici.
EXPOSITIONS
2024 — Louis Dimension Agency, Lille, France
2014 — Galerie Avenue des Arts, Hong Kong, Chine
2014 — Galerie Art Trafik, Paris, France
2014 — Espace Vallès, Saint Martin d'Hères, France
2014 — Musée dauphinois, Grenoble, France
2012 — Galerie Nicolas Deman, Paris, France
2012 — Manoir Saint Félix, Rodez, France
PLACE DANS L'ÉCOSYSTÈME
INO ONI est une racine profonde qui pose la question de l'éphémère comme principe créatif et de la validation par le modèle comme condition d'achèvement. Elle dialogue avec VANITÉ et DÉSIRE sur la représentation et le portrait participatif — mais où ces séries figent l'image dans sa surface finale, INO ONI l'accepte comme mortelle par le ponçage et l'inachevable sans la validation du modèle. Elle dialogue avec PEINTOMATON sur la médiation entre peintre et modèle, mais où PEINTOMATON interpose un écran matériel, INO ONI propose un protocole de validation finale. Elle nourrit le tronc en révélant que LOst-It radicalise ce principe : douze mille peintures éphémères dispersées sur un siècle, dont aucune ne survient à l'ensemble.
RÉCAP FINAL
INO ONI — 2011-2013, série fermée. Trente peintures à l'huile sur lin poncée, formats variés essentiellement 73×54 cm, et un tatouage associé. Protocole en quatre temps : autoportrait écrit du modèle, photographie après dénudement libre, peinture à l'huile poncée, validation par trait blanc du modèle. Présentée à Hong Kong, Paris, Rodez, Saint Martin d'Hères, Grenoble, Lille de 2012 à 2024.












